Un Président qui joue au Scrabble : le vrai scandale, c’est la petitesse des critiques

Par Mamadou Sèye

En partance pour le sommet des Nations unies, le Président de la République a osé… jouer au Scrabble dans l’avion de commandement. Et comme par habitude, quelques procureurs improvisés en ont fait un crime d’Etat. A les écouter, une pause ludique au milieu d’un agenda chargé serait la preuve d’un relâchement coupable.

Soyons sérieux. Un chef d’Etat n’est pas une statue figée dans le marbre. Il dort, il lit, il réfléchit, il signe des décrets — et parfois, il joue. Le Scrabble n’est pas un aveu d’oisiveté ; c’est une gymnastique intellectuelle, une détente qui aiguise le vocabulaire et la stratégie. Réduire la fonction présidentielle à une posture austère sans souffle, c’est confondre leadership et caricature.

Le vrai ridicule n’est pas dans la photo du plateau de lettres, mais dans l’indignation feinte de ceux qui en font une affaire d’Etat. Ceux qui crient au scandale ne veulent pas débattre du fond : ils cherchent à capter l’attention, fabriquer la polémique, distraire l’opinion. Quand les arguments manquent, on brandit la forme.

Nous vivons à l’ère des petites images qui fabriquent les grands récits. Une capture, un commentaire perfide, et le tour est joué : on raconte que le pays vacille. Or, derrière ces opérations, il y a des milieux — locaux ou étrangers — qui tirent profit de la déstabilisation. Il ne faut rien laisser passer : la naïveté joue en faveur des manipulateurs.

La détente est parfois la condition même de la performance. Un Président qui prend cinq minutes pour se recentrer avant un sommet international n’est pas un dirigeant distrait : c’est un dirigeant efficace. Mieux vaut un chef d’Etat qui aiguise son esprit sur des mots qu’un leader qui s’abandonne à la gesticulation vide.

Aux faux moralistes de service : vos indignations sélectives vous trahissent. Vous confondez la critique utile et la raillerie stérile, l’analyse et la caricature. Le Sénégal, confronté à des défis profonds, a besoin de lucidité, de responsabilité et d’un débat digne — pas d’un feuilleton de commérages.

En définitive, le vrai scandale n’est pas un Président qui joue au Scrabble. Le vrai scandale, c’est la petitesse de ceux qui transforment une pause humaine en drame national. L’histoire retiendra leur vacarme, pas la partie de lettres.

A choisir : mieux vaut un Président qui joue aux mots qu’un Président qui joue avec les destinées.

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