Par Mamadou Sèye
Un étudiant a perdu la vie et, à partir de cet instant, tout le reste devient secondaire. Les appartenances, les calculs, les réflexes partisans s’effacent devant une réalité brutale : une famille pleure, une communauté universitaire est sous le choc, la Nation s’interroge. Le drame est d’autant plus difficile à accepter qu’avec les nouvelles autorités, beaucoup pensaient que ce type de tragédie appartenait définitivement au passé. Il y avait cette promesse implicite d’une autre méthode, d’un autre rapport à la gestion des foules, d’une attention plus grande portée aux droits et à la protection des citoyens, surtout des jeunes. Quelques jours avant encore, en visite à l’école de police, le Premier ministre insistait publiquement sur la nécessité d’éviter les bavures. Le message était clair, solennel, presque pédagogique. Il rappelait que le maintien de l’ordre ne peut jamais signifier la perte du sens de la mesure. Et voilà qu’aujourd’hui, l’autopsie révèle l’existence de violences. Le mot, à lui seul, suffit à faire monter l’exigence d’explications. Car s’il y a eu excès, s’il y a eu usage disproportionné de la force, alors il serait vain – et même dangereux – de chercher à défendre l’indéfendable. Ce que réclame l’opinion est simple : comprendre. Comprendre la chaîne des responsabilités, comprendre les circonstances exactes, comprendre qui a fait quoi et pourquoi. Sans précipitation, mais sans lenteur suspecte non plus. Chaque heure qui passe sans réponse alimente la rumeur, la colère, et parfois les manipulations. Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur une institution entière. Les forces de sécurité ont une mission difficile, souvent exercée dans la tension. Mais cette difficulté même impose un niveau d’exigence supérieur. Quand une vie est perdue, la transparence devient un devoir. La parole publique est donc attendue. Pas une parole d’esquive. Pas une parole technique. Une parole de vérité, appuyée sur une enquête crédible, capable de dire les faits et d’en tirer toutes les conséquences. Parce qu’une chose est certaine : l’université doit rester un espace de savoir, pas un lieu où l’on redoute de ne pas rentrer chez soi. Aujourd’hui, tout le monde attend de savoir ce qui s’est réellement passé.