Par Mamadou Sèye
Le débat autour de l’éligibilité ou non d’Ousmane Sonko pour la présidentielle de 2029 est désormais derrière nous. Ceux qui tentent encore de ressusciter cette polémique ne font que courir après une bataille perdue. Sonko a été électeur, éligible et tête de liste aux dernières législatives. Sa participation au scrutin a clos toute discussion juridique sérieuse. Le reste n’est que spéculations de mauvaise foi.
Ce qui dérange, au fond, c’est qu’une large majorité du peuple sénégalais assume son choix : Ousmane Sonko demeure le Président des cœurs, celui en qui ils voient la continuité d’une rupture politique entamée depuis 2014 et validée dans les urnes en 2024. Plutôt que de comprendre cette adhésion populaire, certains préfèrent rêver à des raccourcis judiciaires ou institutionnels pour s’en débarrasser. C’est une erreur tragique : quand on refuse la volonté du peuple, on prépare les crises que l’on prétend éviter.
Et voilà que l’actualité récente a rappelé une vérité dérangeante pour certains : le PASTEF est plus soudé que jamais. La reprise de travail hier d’Ousmane Sonko, sa présence en principe aujourd’hui au Conseil des ministres et la rencontre du Président Bassirou Diomaye Faye avec le groupe parlementaire PASTEF ont ravivé ce que beaucoup espéraient enterrer : l’unité stratégique des deux hommes forts du pays.
Ces retrouvailles ne sont pas seulement un symbole. Elles ouvrent une séquence politique totalement nouvelle : PASTEF possède désormais la latitude inédite de pouvoir présenter non pas un, mais potentiellement deux candidats crédibles pour 2029. Deux candidatures, issues du même parti, portées par la même idéologie, adossées à la même base populaire, seraient un séisme dans le paysage politique sénégalais.
Si l’entente demeure totale sur les orientations de gouvernance — comme elle semble l’être — rien n’empêche la reconduction de Bassirou Diomaye Faye, choisi par son parti. Rien n’empêche non plus une candidature d’Ousmane Sonko si telle est la décision collective. Dans les deux cas, chacun pourrait être le directeur de campagne de l’autre. C’est ce que l’on appelle, dans les grandes écoles politiques, une stratégie d’écrasement doux : laisser le choix ouvert, entretenir l’incertitude, obliger l’opposition à courir dans le vide, et au moment opportun, aligner la mécanique du parti comme un seul homme.
Pendant que certains s’agitent autour d’une supposée crise entre les deux dirigeants, les intéressés, eux, avancent dans une harmonie qui rend fou leurs adversaires. Sonko a prouvé qu’il n’est ni envieux ni pressé : le statut de Président de la République ne lui empêche pas de dormir. Diomaye, de son côté, reste un chef d’Etat qui gouverne sans excès d’ego, conscient que sa force découle de la loyauté et de la cohésion de sa base. Leur binôme est devenu une anomalie politique : deux hommes puissants qui ne rivalisent pas, mais se complètent.
C’est d’ailleurs cette sérénité qui explique la panique ambiante. Une partie de la classe politique croyait voir une brèche lorsque le Président a tenté de créer une coalition en dehors de PASTEF, initiative qui a surpris plus d’un. Il en a le droit, bien sûr ; mais il ne peut pas obliger PASTEF à le suivre dans cette aventure, et PASTEF, de son côté, ne peut pas l’empêcher d’y croire. C’est la démocratie dans son expression la plus pure.
Mais ceux qui ont interprété cette initiative comme la naissance d’une rupture se sont lourdement trompés : le parti, lui, n’a jamais vacillé. Et aujourd’hui, la perspective est claire : si Sonko et Diomaye décident d’agir en tandem, le pouvoir ne leur échappera pas pour les vingt prochaines années. Ils peuvent dribbler tout le monde rien qu’en gardant leur secret sur leur choix final jusqu’au dernier moment. Ce simple flou est déjà une stratégie imparable.
Face à cela, l’opposition est désarmée. Elle était prête à devenir « pro-Diomaye » dans l’espoir de provoquer un éloignement avec Sonko. Elle voit aujourd’hui son rêve se dissoudre dans un réalisme brutal : sans fissure entre les deux hommes, elle n’a plus rien. Ni projet, ni leader, ni horizon. Elle devra se réinventer ou disparaître.
Dans ce contexte, il est vital que tous les acteurs évitent une crise institutionnelle. Le Sénégal fait face à des difficultés économiques majeures, et la priorité devrait être de stabiliser la gouvernance, d’apaiser le climat public et de garantir une compétition politique saine. Le peuple doit choisir librement entre Sonko, Diomaye ou tout autre, sans manipulation, sans élimination, sans indignité.
Le charme de la démocratie n’est pas de fabriquer des handicaps pour des adversaires.
Le charme de la démocratie, c’est de se confronter au peuple.
Et aujourd’hui, camarade, tout indique que le peuple a déjà commencé à choisir.