Par Mamadou Sèye
Le mot souveraineté s’est imposé au cœur du débat public. Il est invoqué avec ferveur, parfois avec colère, souvent comme une promesse de rupture immédiate. Mais à force d’être brandie comme un étendard, la souveraineté court le risque de devenir un slogan, alors qu’elle devrait être une méthode de gouvernement.
Car la souveraineté n’est ni un refus du monde ni une posture de défi permanent. Elle est d’abord une capacité de décision : décider en connaissance de cause, arbitrer en fonction de l’intérêt national, assumer les contraintes plutôt que les dissimuler. Dans un monde interdépendant, être souverain ne signifie pas être seul, mais disposer d’une marge de manœuvre réelle.
C’est d’ailleurs dans ce sens que s’inscrit, sur le fond, le discours souvent tenu par Ousmane Sonko sur la souveraineté. Derrière un ton parfois radical, parfois clivant, l’idée centrale n’est pas la rupture pour la rupture, mais la reprise du contrôle politique sur des choix longtemps opérés dans l’opacité : dette publique, accords économiques, gestion des ressources, priorités budgétaires. La critique vise moins l’interdépendance que la dépendance non assumée.
Dans cette perspective, la négociation n’apparaît pas comme une faiblesse, mais comme un acte souverain. Renégocier, expliquer, rééquilibrer, dire la vérité sur l’état réel des finances publiques : autant d’exigences qui donnent un contenu concret à la souveraineté. Refuser toute négociation serait une posture ; négocier sans transparence serait une abdication.
Le véritable enjeu se situe donc ailleurs : sur quoi exerce-t-on la souveraineté, et à quel prix ? Sur les finances publiques, les politiques sociales, les ressources naturelles, les choix industriels ? La souveraineté totale n’existe pas. Il n’existe que des arbitrages souverains, hiérarchisés, assumés et expliqués.
C’est ici que commence l’épreuve décisive pour les nouvelles autorités. Transformer une aspiration populaire légitime en stratégie cohérente, soutenable et lisible. Passer du discours à la méthode. De l’indignation à la construction. La souveraineté réelle exige de la rigueur, de la pédagogie et, parfois, le courage d’assumer des décisions impopulaires.
Enfin, une souveraineté crédible ne se nourrit ni d’ennemis imaginaires ni de promesses absolues. Elle repose sur la confiance entre gouvernants et gouvernés, sur la clarté des choix opérés et sur la capacité à dire les contraintes sans les travestir.
En définitive, la souveraineté n’est pas un mot magique. Elle est une boussole politique. Et comme toute boussole, elle n’a de sens que si l’on accepte d’en suivre le cap, avec constance, lucidité et responsabilité.