Détente-Ramadan & Cie : le théâtre national du “qui jeûne vraiment ?”

Par Mamadou Sèye

Au Sénégal, le mois béni révèle parfois des vocations inattendues. Il y a les faux jeûneurs — discrets stratèges du sachet noir, virtuoses du “bain de bouche thérapeutique”, champions du sandwich clandestin consommé derrière une portière entrouverte — mais il y a surtout leurs adversaires naturels : les inspecteurs du jeûne d’autrui.

Eux ne jeûnent pas seulement de nourriture. Ils jeûnent de discrétion.

Leur spécialité ? L’observation scientifique appliquée.
Regard perçant à 11h37 : “Tu as avalé quelque chose, toi…”
Analyse olfactive à 14h12 : “Ça sent le café.”
Rapport confidentiel à 16h : “Moi je dis qu’il ne tient jamais.”

Ce sont les commissaires autoproclamés de la sincérité spirituelle. Ils établissent des classements invisibles, décernent des palmes d’endurance et tiennent des procès sans audience.

Et viennent les chuchotements de rupture :
“Je ne dis rien… mais on m’a raconté.”
Phrase nationale qui précède toujours une révélation capitale.

Dans cette République parallèle, chacun surveille la gorge de l’autre pendant que l’essentiel — la sincérité, la retenue, la bonté — passe au second plan. On mesure la foi au nombre d’heures sans eau, on soupèse la vertu à la sécheresse des lèvres.

Le plus savoureux ? Certains inspecteurs sont d’anciens stratèges. Reconvertis. Repentis. Experts en camouflage devenus spécialistes en détection.

Au fond, au Sénégal, on ne demande pas si tu crois.
On vérifie si tu as bu.

Et pendant que faux jeûneurs perfectionnent leurs techniques et inspecteurs affûtent leurs soupçons, le mois continue tranquillement sa route, rappelant à qui veut l’entendre que la foi n’a jamais été un concours d’espionnage hydrique.

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