Détente-Mbour : quand le meeting a demandé une liberté provisoire

Par mamadou Sèye

Il faut être honnête : le meeting de Mbour mérite déjà sa place dans le patrimoine national des grands moments de solitude politique. Rires.

Pour une fois, les moustiques du stade étaient probablement plus nombreux que les militants réellement convaincus. Pourtant, sur le papier, tout était parfait : mobilisation générale, annonces tonitruantes, cars affrétés, tee-shirts flambant neufs, responsables politiques survoltés et promesses de démonstration historique. Certains parlaient même déjà d’un “raz-de-marée populaire”. Finalement, le seul véritable raz-de-marée observé fut celui des départs anticipés avant la fin du programme.

Le plus cruel reste l’histoire de la venue présidentielle. Pendant plusieurs jours, les militants avaient vendu l’événement comme on annonce le retour de Michael Jackson à Dakar. Les gens attendaient LE moment. Les téléphones étaient prêts. Les selfies rêvaient déjà d’exister. Et puis… surprise : le Président n’est pas venu.

A ce niveau-là, même les vendeurs de café Touba ont dû sentir que quelque chose n’allait pas. Certains militants regardaient le ciel comme si l’hélicoptère présidentiel allait surgir au dernier moment dans une scène hollywoodienne. Nada. A la place : une vidéo.

Et là, le stade a posé un acte politique majeur : il a commencé à se vider pendant la diffusion du message présidentiel lui-même. Une scène presque philosophique. Même les chaises semblaient vouloir rentrer chez elles. Rires.

On raconte même que certains retardataires arrivant au stade demandaient :
— “Le meeting commence à quelle heure ?”
Et on leur répondait :
— “Il est déjà en train de finir.”

Le plus fascinant dans cette affaire, c’est l’énergie déployée pour produire si peu d’ambiance. Les organisateurs avaient manifestement oublié une règle élémentaire de la politique sénégalaise : on peut louer des cars, distribuer des sandwichs et imprimer des affiches géantes, mais on ne peut pas louer l’enthousiasme populaire à la journée. Celui-là refuse souvent de signer le contrat.

Même la sono semblait fatiguée. A un moment, elle donnait l’impression de réclamer une augmentation de salaire avant de continuer le meeting. Quant aux animateurs, ils ont tenté l’impossible :
— “Faites du bruit !!!”
Mais le stade répondait avec une discrétion de bibliothèque universitaire en période d’examens. Rires.

Pour une rentrée politique, la coalition voulait montrer ses muscles. Finalement, elle a surtout montré ses courbatures. Le plus dur en politique n’est pas de remplir un stade. Le plus dur, c’est d’empêcher les gens de partir avant la fin. Et à Mbour, manifestement, beaucoup avaient des urgences nationales à gérer ailleurs.

Au fond, ce meeting ressemblait à ces baptêmes où les griots chantent avec enthousiasme pendant que les invités regardent discrètement leur montre pour savoir à quel moment le thiéboudiène sera servi. Sauf qu’ici, même le thiéboudiène politique n’est jamais vraiment arrivé. Rires.

Le dimanche est décidément cruel avec les meetings ratés.

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