Une opposition qui attend la chute du pouvoir au lieu de préparer sa victoire

Par Mamadou Sèye

L’opposition sénégalaise donne aujourd’hui le sentiment étrange de parler constamment du pouvoir sans réellement lui livrer bataille. Depuis l’accession de Bassirou Diomaye Faye à la magistrature suprême et la nomination de Ousmane Sonko à la Primature, elle peine à définir une ligne offensive claire. Au lieu de construire patiemment une alternative crédible sur les questions économiques, sociales ou institutionnelles, une bonne partie de ses responsables semble avoir fait le choix d’attendre une implosion interne du pouvoir. Toute la stratégie s’est progressivement réduite à une interrogation : quand Diomaye et Sonko vont-ils se séparer ?

Ce positionnement révèle moins une intelligence tactique qu’un manque de courage politique et une absence de stratégie de conquête. Car une opposition sûre de sa force cherche d’abord à convaincre les citoyens qu’elle peut gouverner mieux. Elle travaille son implantation populaire, produit des idées, organise le terrain et assume l’affrontement politique direct. A l’inverse, une opposition fragilisée finit souvent par compter sur des facteurs extérieurs : procédures judiciaires, querelles internes du camp adverse, usure prématurée du pouvoir ou élimination administrative de concurrents redoutés.

C’est précisément ce qui s’est produit autour de la question de l’éligibilité de Sonko. Pendant des mois, une partie de l’opposition a semblé davantage préoccupée par les mécanismes susceptibles d’empêcher une nouvelle candidature du leader de PASTEF que par la construction d’une dynamique politique capable de le battre dans les urnes. Ensuite, les spéculations sur une prétendue rupture irréversible entre Sonko et Diomaye ont presque remplacé le débat politique lui-même. Chaque silence, chaque geste, chaque déplacement ou chaque initiative présidentielle était interprété comme un signe de divorce imminent.

Mais le problème d’une stratégie fondée sur l’attente, c’est qu’elle peut s’effondrer brutalement au contact de la réalité. L’image devenue virale du Premier ministre réajustant la cravate du Président avant son départ pour le Kenya a suffi à remettre en cause des mois de récits politiques. Et même le flop du meeting présidentiel, qui aurait pu offrir à l’opposition une occasion de porter un débat sérieux sur la mobilisation populaire et les limites de la nouvelle coalition présidentielle, a finalement été absorbé par les commentaires sur les relations entre les deux hommes.

Pendant ce temps, le pouvoir continue d’occuper l’espace politique. Malgré les difficultés économiques, malgré les impatiences sociales et malgré certaines contradictions internes, le camp dirigeant conserve un avantage majeur : celui d’avoir face à lui une opposition qui donne parfois l’impression d’espérer davantage la chute naturelle de ses adversaires qu’une véritable victoire politique construite dans le rapport de forces.

Or l’histoire politique est constante : les régimes ne tombent pas uniquement parce qu’ils se divisent. Ils tombent surtout lorsqu’en face existe une opposition courageuse, structurée, capable de porter une espérance collective. Aujourd’hui, beaucoup de Sénégalais ont plutôt le sentiment d’assister à une opposition qui guette des fissures au sommet de l’Etat au lieu de bâtir méthodiquement sa propre crédibilité. Et c’est sans doute là sa plus grande faiblesse stratégique.

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