Le meeting de la coalition Diomaye Président à Mbour devait être une démonstration de puissance politique. Il s’est finalement transformé en un avertissement sévère pour le pouvoir. Stade loin d’être plein, ambiance sans ferveur, départ progressif du public et frustration générale après l’absence physique du Chef de l’État : les images ont brutalement contredit le récit d’une mobilisation historique annoncé à grand renfort de communication.
Mais au-delà de l’échec organisationnel, le rendez-vous de Mbour révèle surtout une crise politique plus profonde.
Car la coalition Diomaye Président n’est pas un simple cadre de soutien au Chef de l’État. Dans l’esprit de nombreux observateurs et militants, elle apparaît progressivement comme une tentative d’émancipation politique vis-à-vis de Ousmane Sonko et de PASTEF. Autrement dit, certains acteurs du pouvoir semblent pousser le Président Bassirou Diomaye Faye à construire son propre chemin politique, avec ses réseaux, ses relais et sa propre légitimité autonome.
Le problème est que cette stratégie vient de subir à Mbour une véritable collision avec la réalité du terrain.
Depuis des années, la force politique qui a porté l’alternance reposait d’abord sur une machine militante idéologique et affective incarnée par PASTEF. Ce n’était pas seulement une coalition électorale, mais un mouvement populaire structuré autour d’un récit de rupture, de sacrifice et de combat contre les anciennes pratiques politiques. Or, ce que beaucoup de militants ont cru voir à Mbour, c’est précisément le retour de ces méthodes que le projet prétendait combattre.
Les témoignages et les complaintes qui circulent après le meeting sont particulièrement révélateurs. Beaucoup évoquent des dépenses massives, une forte circulation d’argent et une mobilisation artificielle reposant davantage sur des mécanismes matériels que sur l’adhésion populaire spontanée. Ironie politique : au moment même où le pouvoir tente de construire une nouvelle base autonome, il donne l’impression de reproduire les pratiques jadis dénoncées avec vigueur.
Et c’est là que réside le cœur du problème.
Une mobilisation populaire authentique ne se décrète pas par des moyens financiers ou logistiques. Elle repose sur la conviction politique. Lorsque l’enthousiasme militant commence à être remplacé par des mécanismes transactionnels, le pouvoir entre dans une zone dangereuse. Les foules deviennent fragiles, fluctuantes et dépendantes des intérêts du moment. Ce n’est plus la passion politique qui mobilise, mais la circonstance.
Le flop de Mbour apparaît alors comme un désaveu indirect adressé à ceux qui ont encouragé la construction précipitée d’une dynamique politique parallèle à PASTEF. Beaucoup voulaient démontrer que la figure présidentielle pouvait désormais suffire à elle seule pour créer une force populaire autonome. Le résultat obtenu produit exactement l’effet inverse : il rappelle brutalement que le socle militant historique demeure central dans l’équilibre du pouvoir actuel.
Le plus préoccupant pour le régime est que cette déconvenue intervient dans un contexte où une partie de la base commence déjà à s’interroger sur la fidélité du pouvoir au projet initial. La question n’est plus simplement institutionnelle ou gouvernementale ; elle devient émotionnelle et symbolique. Une partie des militants veut savoir si la rupture promise est toujours d’actualité ou si le système est en train de reconstituer progressivement ses anciens réflexes sous de nouveaux visages.
Le Président de la République aurait tort de considérer Mbour comme un simple accident de parcours. Ce meeting raté est un signal politique majeur. Il montre que l’autorité institutionnelle ne suffit pas automatiquement à produire une adhésion populaire durable. Il rappelle aussi qu’aucune stratégie d’autonomisation politique ne peut réussir en tournant le dos au socle militant qui a rendu possible l’accession au pouvoir.
En politique, les foules ne mentent presque jamais. Et parfois, les stades à moitié vides disent beaucoup plus de vérité que les longs discours officiels.