Par Mamadou Sèye
Il y a des fins de parcours qui parlent plus fort que des discours entiers. Et puis il y a Barthélémy Dias, symbole achevé de l’illusion politique poussée à bout. Ancien maire de Dakar par la volonté d’une coalition dont il n’était ni la tête ni la voix, le voilà aujourd’hui réduit à une agitation solitaire, sans écho, sans impact. Il prétend encore être maire de Dakar. Ah bon ? Rires étouffés dans les couloirs vides d’une mairie qui ne l’écoute plus.
Le plus troublant, c’est qu’il s’imagine encore en figure centrale. Il se débat contre Ousmane Sonko, celui-là même qui, hier, lui a ouvert les portes de la capitale. Tout prouve aujourd’hui que sans le geste stratégique de Pastef, sans cette générosité politique assumée par Sonko, Barthélémy Dias n’aurait jamais occupé ce fauteuil. Il fut un choix par défaut. Un pion placé avec méthode, retiré avec calme.
Et depuis ce retrait, il s’égare. Il parle fort, frappe l’air, s’invente des adversaires, mais le pays ne l’écoute plus. Car ce que les Sénégalais découvrent désormais, derrière l’agitation, c’est un homme désespérément dépourvu de fond. Aucune pensée construite, aucune vision, aucune densité théorique. Ce n’est pas une absence ponctuelle de contenu : c’est une vacuité devenue système. Une politique réduite au réflexe musculaire. Le règne du biceps sur la pensée.
Barthélémy Dias n’a jamais été un homme de doctrine. Ni un homme de stratégie. Ni même un homme de structure. C’est un homme de colère, d’instinct, de réaction brute. Il s’imagine populaire parce qu’il fait du bruit. Mais le bruit ne fait pas le peuple. Le peuple regarde, pèse, jauge. Et aujourd’hui, il jauge un homme en panne de hauteur.
Ce qui frappe, c’est la pauvreté intellectuelle abyssale de ses prises de position. Il croit que la politique, c’est une série de vociférations. Que le leadership se résume à l’agressivité. Il ne débat pas, il hurle. Il ne propose pas, il attaque. Il ne fédère pas, il divise. Et à force de tout contester sans rien construire, il s’est isolé de tous les courants sérieux.
Son opposition à Sonko n’a rien d’idéologique. Ce n’est ni un désaccord sur les principes, ni un débat sur les orientations. C’est une frustration nue, un ressentiment personnel, un aveu d’échec. Il espérait sans doute que le leadership de Sonko vacille pour s’y substituer. Mais la réalité l’a rattrapé : il ne représente plus rien, sauf lui-même.
Et encore. Même son personnage s’effrite. Le héros d’hier est devenu la caricature d’aujourd’hui. Il ne propose aucun horizon. Il tourne en rond dans le cycle court de la provocation et du clash. Il tente d’exister par l’excès. Mais même l’excès, quand il devient répétitif, finit par lasser.
Le Sénégal de demain ne sera pas fait de cris ni de rancunes. Il sera fait de projets, de structure, d’intelligence collective. Barthélémy Dias appartient à une époque révolue, celle des figures bruyantes sans vision. Il avait l’occasion de grandir. Il a choisi de se perdre dans la fureur.
Il voulait être lion. Il finit mascotte. Rideau.