CAF-FIFA : corruption persistante, sanctions sélectives et le Sénégal dans le viseur

Par Mamadou Sèye

Le football mondial, tel qu’administré par la FIFA et ses relais continentaux, traîne depuis des décennies une réputation lourdement entachée par des scandales de corruption, des conflits d’intérêts et une gouvernance opaque. Malgré les discours de réforme et de « nouvelle ère », les pratiques dénoncées hier continuent de nourrir les soupçons aujourd’hui, notamment lorsque certaines décisions disciplinaires semblent moins dictées par l’éthique que par des considérations politiques et géostratégiques.

La FIFA reste marquée au fer rouge par l’ère Sepp Blatter, dont la chute fut provoquée par l’un des plus grands scandales de corruption de l’histoire du sport mondial. Des dirigeants arrêtés, des commissions occultes, des droits télévisés bradés contre rétrocommissions : le système était gangrené jusqu’à la moelle. L’élection de Gianni Infantino avait été présentée comme une rupture. Pourtant, le président italo-suisse n’a jamais été indemne de critiques : enquêtes judiciaires en Suisse, proximité jugée excessive avec certains procureurs, opacité dans la gestion des grands événements, positionnements ambigus sur les droits humains. Aux yeux de nombreux observateurs, Infantino incarne davantage une continuité reconfigurée qu’un véritable renouveau.

A l’échelle africaine, la Confédération africaine de football (CAF) n’échappe pas à ce diagnostic. Après les années Ahmad Ahmad, marquées par des soupçons de détournements et d’ingérence extérieure, l’arrivée du milliardaire sud-africain Patrice Motsepe devait restaurer la crédibilité de l’institution. Mais là encore, les critiques persistent : concentration des décisions, alignement quasi systématique sur les positions de la FIFA, absence de transparence réelle dans certaines procédures disciplinaires et arbitrales. Pour beaucoup, la CAF demeure sous influence, plus soucieuse de satisfaire Zurich que de défendre équitablement les intérêts du football africain.

Les récentes sanctions infligées à l’Algérie ne peuvent être analysées isolément. Elles s’inscrivent dans une séquence plus large où la discipline semble devenir un instrument politique. Aujourd’hui, de nombreux signaux laissent penser que le Sénégal pourrait être la prochaine cible. Champion d’Afrique sur le terrain, respecté sur le continent, le Sénégal dérange : il dérange par sa constance, par son indépendance de ton, par les soutiens continentaux dont il bénéficie et par sa capacité nouvelle à ne plus se laisser intimider par les grandes instances. Il faudra donc faire face, avec calme mais avec fermeté, juridiquement, médiatiquement et politiquement, car le temps de la soumission silencieuse est révolu.

Un autre élément mérite une attention particulière : l’étrange empressement de certains médias français à en appeler à des sanctions contre le Sénégal. Cette posture n’est pas anodine. Elle révèle un malaise plus profond. La raison est pourtant simple : le Sénégal affrontera la France lors de la prochaine Coupe du monde. Et ce Sénégal-là n’est plus celui que l’on regardait de haut. Il bat les grandes Nations, impose son jeu, assume une stature mondiale, et cela fait trembler certains cercles, sportifs comme symboliques. Car au-delà du football, il y a l’image. Voir une Nation africaine souveraine, sûre d’elle-même, tenir tête à l’ancienne puissance coloniale sur la plus grande scène mondiale n’est pas neutre. Certains préfèrent donc préparer le terrain ailleurs : dans les commissions, dans les médias, dans l’opinion.


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