Par Mamadou Sèye
La crise en Guinée-Bissau vient d’apporter une preuve éclatante que l’Union Africaine et la CEDEAO ne servent plus à rien. Elles ne protègent plus la démocratie, ne garantissent plus la stabilité, ne défendent plus les peuples. Elles ne sont plus que des syndicats de chefs d’Etat, obsédés par leur survie politique et incapables de gérer la moindre crise sans aggraver la situation. Ce qui vient de se passer à Bissau est un révélateur brutal : pendant que les institutions s’effondrent, que les régimes manipulent les règles, que les populations réclament justice, sécurité et dignité, l’UA et la CEDEAO regardent ailleurs, parfois même en légitimant les dérives. Aujourd’hui, personne n’est dupe : ces organisations ont perdu leur utilité, leur crédibilité, leur sens historique.
La CEDEAO s’est illustrée ces dernières années par une sélectivité choquante. Elle sanctionne les Etats faibles, sermonne certains gouvernements, menace au hasard, mais ne dit jamais un mot lorsque se multiplient les coups d’Etat constitutionnels, les manipulations de mandats, les verrouillages d’institutions, les dérives autoritaires. Les peuples le voient. Une organisation incapable de condamner la confiscation du pouvoir ne peut plus prétendre défendre la démocratie. Une organisation qui ferme les yeux sur les dérives répressives perd automatiquement toute légitimité.
La crise en Guinée-Bissau n’est pas qu’un épisode de plus : c’est un point de rupture. La CEDEAO ne comprend plus rien aux réalités politiques de la région. Ses communiqués n’impressionnent plus personne. Ses mises en garde ressemblent à des rituels sans vie. Ses positions ne convainquent plus les populations. Ce qui choque, ce n’est pas seulement l’effondrement institutionnel bissau-guinéen : c’est l’incapacité totale d’une organisation censée jouer les arbitres à saisir le sens de l’histoire. A chaque crise, la CEDEAO réagit mécaniquement, sans profondeur, sans vision. Une CEDEAO qui parle, mais que plus personne n’écoute.
Pendant ce temps, l’AES (Mali, Burkina, Niger) impose un nouveau paradigme. On peut débattre de leurs choix, mais une vérité demeure : ils sont les seuls à avoir posé un diagnostic sérieux sur l’échec structurel des organisations ouest-africaines. Leur critique n’est pas seulement idéologique : elle est ancrée dans les faits, les réalités de terrain, les attentes des peuples. Face à une CEDEAO devenue un outil de connivence politique entre palais présidentiels, l’AES propose un imaginaire politique nouveau, fondé sur la souveraineté, la clarté, et la priorité donnée aux peuples plutôt qu’aux puissants. Les Africains le ressentent : ils se sentent aujourd’hui plus proches de l’AES que de la CEDEAO.
Dans les capitales comme dans les campagnes, dans les taxis, les marchés, les campus, un verdict s’impose : ces organisations ne servent plus les peuples. Elles ne protègent ni la sécurité, ni la justice, ni l’alternance, ni la dignité. Les peuples africains ne veulent ni la violence ni l’instabilité ; ils veulent être entendus, respectés, reconnus. Or pour être entendus, ils doivent désormais s’adresser ailleurs, car l’UA et la CEDEAO ont trahi les espoirs qu’elles portaient autrefois.
Il est clair que l’histoire est en train de tourner la page. La CEDEAO et l’Union Africaine ont perdu la bataille de la confiance. Et lorsqu’une institution perd cette bataille, elle devient automatiquement obsolète. Les Etats de l’AES l’ont compris, les peuples l’ont compris, et même certains dirigeants commencent à l’admettre. Ce qui s’est passé à Bissau est un choc, un signal, un avertissement : les vieilles structures régionales sont au bord de la faillite morale et politique. Elles survivront peut-être, mais sans âme, sans force, sans influence. L’Afrique avance, avec ou sans elles.