Par Mamadou Sèye
Il existe un royaume dont on ne parle jamais aux journaux télévisés : celui du dimanche inutile.
Un territoire sans mur et sans horloge, qui ne connaît ni productivité ni rendement.
On y entre sans invitation, par la simple décision de ne rien faire – et c’est probablement la décision la plus sage que l’on puisse prendre aujourd’hui.
Ce matin-là, on se lève sans conviction. Pas d’alarme. Pas de programme.
La lumière se glisse comme elle veut entre les rideaux, et nous, on reste là, immobiles, à regarder le plafond comme si c’était déjà un voyage.
Première victoire de la journée : on a gagné le droit de traîner.
Puis on ose l’impensable : on coupe tout. Téléphone éteint, réseaux muets.
Pas un bip, pas un like, pas une urgence inventée par quelqu’un d’autre.
Le silence fait peur au début ; il grince comme une porte mal huilée. Et puis soudain, il se fait complice.
On entend de nouveau le vent, les oiseaux, les voix qui montent de la cuisine. On entend surtout son propre souffle.
Dans cette bulle, l’ennui fait son retour. Ce mot méprisé par l’époque devient un vieil ami qu’on avait perdu de vue.
Et quel cadeau ! Car l’ennui est fertile. Il invente des conversations lentes, réveille des souvenirs, offre même des fous rires qui n’ont pas besoin d’émojis.
Les enfants, privés d’écrans, redécouvrent le miracle des brindilles et de l’imagination.
Les adultes, eux, se souviennent que la sieste est une discipline nationale et qu’elle ne tue personne, bien au contraire.
Alors on se verse un thé – celui qui fume longuement dans le verre et qu’on fait tourner comme une promesse – et on regarde le temps passer.
On ne fait rien, mais ce rien prend une allure d’aventure.
Les heures s’étirent, on ne sait plus très bien si c’est midi ou seize heures, et cette confusion devient la vraie définition de la liberté.
Et peu à peu, on comprend : la paresse n’est pas une faute, c’est une résistance douce.
Ne rien faire, c’est se débrancher du vacarme du monde pour se rebrancher à soi-même.
C’est dire au temps : « je t’appartiens un peu aujourd’hui ».
Quand vient le soir, on réalise qu’il s’est passé quelque chose de rare : dans ce dimanche inutile, on s’est retrouvé vivant.
Pas performant, pas joignable, pas productif : juste vivant.
Et, entre nous, c’est peut-être la plus belle chose qu’on puisse réussir dans une semaine.