Entre gouverner et clarifier : le temps des responsabilités

Par Mamadou Sèye

Le Sénégal a vécu une séquence politique que peu de Nations traversent sans heurts. L’accession au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et de Ousmane Sonko ne fut pas un simple changement d’équipe ; ce fut une rupture historique, portée par une aspiration profonde à la justice, à la reddition des comptes, à la refondation morale de l’Etat. Une victoire nette, sans bavure, scellée dès le premier tour avec 54 % des suffrages, puis consolidée par une majorité écrasante de 130 députés. Rarement un pouvoir aura reçu un mandat aussi limpide.

Ce mandat n’était pas mystique. Il n’était pas sentimental. Il était politique.

Les Sénégalais ont voté pour un programme, pour une méthode, pour une promesse : celle d’un Etat rigoureux, d’une gouvernance sobre, d’une justice qui avance, d’une économie tenue avec fermeté et lucidité. Ils ont rempli leur part du contrat. Sans hésitation.

Aujourd’hui, le gouvernement travaille. Et il faut le dire avec force : le travail est réel, tangible, mesurable. Dans un contexte budgétaire contraint, sans le chèque du FMI brandi comme béquille permanente, l’Etat fait face à ses charges. Les échéances arrivent, les dettes sont honorées. Pour le mois de mars, celles arrivées à maturité seront soldées. Cela relève d’une discipline budgétaire que beaucoup pensaient impossible sans assistance extérieure systématique.

Ce mérite doit être reconnu.

Mais pendant que l’exécutif gouverne, le débat public semble s’être déplacé ailleurs. Non pas sur la performance économique. Non pas sur les réformes structurelles. Non pas sur l’assainissement annoncé. Mais sur une supposée divergence entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

Il y eut le terra-meeting de Sonko. Puis, presque dans la foulée, l’annonce par Aminata Touré d’une « coalition Diomaye Président », que le PASTEF n’a pas reconnue. Entre-temps, le programme politique vendu aux Sénégalais semble relégué au second plan dans les commentaires et spéculations.

Et voici que ce week-end, le Président invite les coordonnateurs départementaux du PASTEF à une rupture du jeûne, en présence du Président du parti. Il y affirme demeurer militant du PASTEF. Geste d’unité ? Clarification interne ? Message stratégique ?

Peut-être.

Mais une vérité s’impose : la majorité des Sénégalais n’a ni le temps ni l’énergie pour décrypter des symboles politiques pendant qu’elle s’interroge sur sa propre rupture du jeûne.

Les tournées dites économiques à Ziguinchor et Tambacounda, avant ce week-end, se sont déroulées dans une indifférence perceptible. Non par hostilité. Mais par fatigue. L’attente populaire ne porte pas sur les mises en scène, elle porte sur les résultats visibles, immédiats, concrets.

L’opposition, elle, est quasi inexistante. Le vide politique est tel que le débat national s’alimente désormais d’hypothèses internes, de divergences supposées ou réelles entre les deux têtes de l’exécutif. Ce déplacement du centre de gravité du débat crée un déficit de lisibilité.

Or la lisibilité est une exigence démocratique.

Le peuple sénégalais respecte ses autorités. Il l’a démontré dans les urnes. Il l’a démontré par sa patience. Il l’a démontré par sa confiance initiale massive. Mais ce respect appelle un retour : la clarté, la cohérence et la concentration sur l’essentiel.

Ce que les dirigeants doivent comprendre au plus haut sommet, c’est que les Sénégalais ne peuvent être conviés à des exercices de divination politique. Ils n’ont pas à interpréter des ruptures de jeûne comme des signaux cabalistiques. Ils n’ont pas à décrypter des coalitions portées sur les fonts baptismaux puis contestées. Ils n’ont pas à s’interroger sur l’alignement stratégique de deux hommes qu’ils ont choisis ensemble.

Ils ont voté un duo. Ils ont voté un projet. Ils ont voté une méthode.

Ce pays a besoin d’un cap lisible, pas d’une dramaturgie permanente. Il a besoin que l’énergie politique se concentre sur la justice annoncée, sur la reddition des comptes attendue, sur la transformation économique promise. Il a besoin que la communication serve l’action, et non qu’elle devienne le centre de gravité du débat.

Le gouvernement travaille, et travaille bien sur plusieurs fronts. Cela mérite d’être martelé. Mais la perception publique se nourrit de cohérence politique autant que de chiffres budgétaires.

Les Sénégalais ont fait confiance. Ils n’ont pas signé pour l’ambiguïté.

Le moment est venu de rappeler une évidence : la force d’un pouvoir ne réside pas seulement dans la performance administrative, mais dans la lisibilité politique. Et la lisibilité politique est un devoir.

Le pays observe. Le pays attend. Le pays mérite que l’on parle d’une seule voix lorsqu’il s’agit de son avenir.

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