Envol Immobilier : le crime économique d’Etat

Par Mamadou Sèye

C’est un scandale qui restera gravé comme l’une des plus grandes trahisons de notre histoire récente. Envol Immobilier n’est pas seulement une affaire de gros sous. C’est la démonstration éclatante d’un système organisé pour dépouiller le pays, avec la complicité de ceux qui auraient dû incarner l’intégrité et la compétence.

A la tête de cette entreprise de prédation, Madani Tall, ancien représentant de la Banque mondiale, drapé d’une réputation de technocrate vertueux. A ses côtés, Moktar Thiam, autre transfuge de la Banque mondiale, et Madame Aminata Niane, ex-directrice générale de l’APIX, jadis érigée en modèle de gestion. Ces noms suffiraient, à eux seuls, à symboliser la faillite morale de toute une élite. Mais derrière eux, il y avait plus : un système, une couverture, une main invisible qui imposait le silence à tous.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 9 milliards FCFA inscrits dans la loi de finances rectificative 2016. 9,6 milliards pompés dans le Sukuk. 8,6 milliards de transfert anticipé pour la sphère ministérielle Ousmane Tanor Dieng. 9,3 milliards de crédit contracté auprès de la BOA au nom de l’Etat, mais versés sur un compte opéré par Envol. Additionnez, et vous obtenez un pillage institutionnalisé, méthodiquement orchestré.

Les complices ? Ils sont là, bien identifiés : l’APIX, qui a ouvert la voie ; le FONSIS, qui a maquillé les flux ; la SOGEPA, qui a validé sans sourciller ; le ministère des Finances, qui a signé sans trembler. Ces structures publiques, censées être les remparts de l’intérêt national, se sont transformées en passoires, en instruments dociles d’une prédation au sommet.

Et comment ne pas s’indigner qu’une société née six mois plus tôt, sans aucune expérience, ait raflé un marché estimé à 150 milliards FCFA, avant de le céder à une entreprise chinoise ? Comment croire que cela ait été possible sans une protection d’en haut, ferme et implacable ? Tout le monde sait d’où venait cette protection.

Voilà la vérité nue : Envol Immobilier, c’est l’Etat pris en otage. C’est la République confisquée par un cercle fermé. C’est la vache à lait nationale transformée en caisse noire privée. C’est la promesse de bonne gouvernance jetée à la poubelle pour un festin entre initiés.

Ce scandale n’a pas seulement englouti des milliards. Il a détruit la confiance. Il a piétiné l’espoir d’un peuple qui croyait à la transparence. Il a volé des écoles, des hôpitaux, des routes. Il a condamné des générations de jeunes à l’exil ou au chômage pendant qu’une poignée de privilégiés se partageaient le gâteau.

Oui, Envol Immobilier est un crime économique d’État. Un crime froid, cynique, exécuté en costume-cravate, avec des parapheurs officiels et des signatures estampillées République. Un crime qui rappelle que, lorsque les institutions se mettent au service du pillage, c’est tout un peuple qui est trahi.


Un commentaire sur « Envol Immobilier : le crime économique d’Etat »

  1. Il faut souligner que les faits évoqués dans le scandale Envol Immobilier remontent principalement à la période entre 2016 et 2018 donc pas dans notre gouvernance et selon les enquêtes judiciaires et les audits des finances publiques du Sénégal :

    – En 2016, un prêt de 9,3 milliards FCFA a été contracté par l’État auprès de la Bank of Africa, mais versé sur un compte opéré par Envol Immobilier.
    – En 2018, un autre montage financier a permis de lever 14,48 milliards FCFA auprès de la NSIA pour le rachat d’un immeuble abritant le HCCT, en contournant les procédures classiques.
    – Le transfert anticipé de 8,6 milliards FCFA lié au Sukuk SOGEPA est également daté de cette période, impliquant la sphère ministérielle d’Ousmane Tanor Dieng.

    Ces opérations ont été révélées dans le cadre d’une enquête judiciaire ouverte en 2025, à la suite du rapport de la Cour des comptes sur les finances publiques. Autrement dit, les faits sont anciens, mais leur mise au jour est récente.

    Mohamed Sall
    Pastef Tambacounda

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *