Par Mamadou Sèye
Il y a des attitudes qui en disent long sur la véritable nature de ceux qui, hier encore, paradaient sur les plateaux télévisés, dans les ministères ou aux commandes des grandes sociétés nationales. Ils donnaient des leçons de patriotisme, juraient de leur attachement aux valeurs de la République et se présentaient comme des gestionnaires exemplaires. Mais aujourd’hui que l’étau de la justice se resserre, ils ont choisi la voie la plus lâche : la fuite.
La liste des fuyards s’allonge au fil des jours et alimente une indignation légitime dans l’opinion. Mame Mbaye Niang, ancien ministre et acteur politique bien connu, Mamour Diallo, dont le nom est attaché au fameux scandale foncier, , Doro Gaye proche de l’ancien pouvoir, un ancien directeur général de PETROSEN Manar Sall dont la gestion a laissé de lourdes zones d’ombre, Doudou Ka, ancien ministre des Transports aériens, et désormais Moussa Bocar Thiam, ex-ministre de la Communication… tous ont préféré franchir les frontières plutôt que d’affronter les juges.
Ce comportement révèle une chose simple : si leur dossier était vide, ils seraient restés. Si leurs mains étaient propres, ils se seraient présentés, sereins, pour démontrer leur innocence. Au lieu de cela, ils ont choisi la clandestinité dorée, se terrant à l’étranger, dans des capitales où ils croient échapper à la reddition des comptes. Mais fuir n’efface pas les crimes financiers, encore moins les responsabilités politiques et morales.
Le tort causé au pays est immense. Ces hommes ont contribué à appauvrir des secteurs vitaux : les terres bradées, le pétrole mal géré, les ressources publiques dilapidées. Derrière chaque scandale se cachent des écoles non construites, des hôpitaux sans moyens, des jeunes condamnés au chômage. Voilà pourquoi leur fuite est doublement criminelle : ils ont volé le pays, et ils fuient maintenant la justice de ce pays.
Face à cela, la volonté politique actuelle ne doit pas faiblir. Les Sénégalais attendent des actes fermes : gel des avoirs, mandats d’arrêt internationaux, traque systématique des biens mal acquis. Ceux qui se sont soustraits à la justice doivent comprendre qu’il n’existe pas de refuge sûr, ni à Paris, ni à Dubaï, ni ailleurs. La coopération judiciaire et les conventions internationales permettent aujourd’hui de les rattraper où qu’ils se cachent.
Il est temps d’envoyer un signal fort : le temps de l’impunité est terminé. Ceux qui ont géré la chose publique doivent rendre compte jusqu’au dernier franc. La lâcheté de la fuite ne les sauvera pas ; elle les condamne moralement aux yeux de l’opinion et finira par les rattraper devant les tribunaux.
L’histoire retiendra que pendant que le peuple luttait pour survivre, certains se gavaient et ont ensuite pris la poudre d’escampette. Mais le peuple, lui, n’oublie pas. Et la justice, tôt ou tard, les ramènera devant leurs responsabilités.