Grève des transporteurs : l’échec d’une minorité et la fin d’une impunité

Par Mamadou Sèye

Camarade, il faut appeler les choses par leur nom : ce mouvement de grève n’a jamais représenté la majorité du secteur des transports. Une frange bien identifiée a tenté d’imposer son agenda, mais sans adhésion réelle des chauffeurs, des apprentis et d’une bonne partie des acteurs. Dès lors, il ne s’agissait plus d’une revendication collective, mais d’une tentative minoritaire de prise en otage d’un service vital.

Et ce décalage avec la réalité saute aux yeux lorsqu’on observe les pratiques du secteur. Quand les prix du carburant baissent, les tarifs ne suivent jamais. L’usager n’en voit aucune couleur. En revanche, à la moindre occasion — Tabaski, Magal, fêtes de fin d’année — les prix connaissent des hausses brutales, souvent injustifiées. Ce double standard décrédibilise toute posture revendicative, car il révèle une logique opportuniste plus qu’une réelle défense des intérêts économiques du secteur.

Plus grave encore, cette grève a franchi une ligne rouge. Des transporteurs qui voulaient simplement travailler ont été empêchés de le faire. Pressions, intimidations, blocages : on a assisté à une dérive inacceptable. Et la réponse est venue de l’intérieur même du système : des chauffeurs se sont rebellés contre leurs propres employeurs, excédés par des mots d’ordre qu’ils jugent déconnectés de leur survie quotidienne. Ce moment est révélateur d’une fracture profonde : la base ne suit plus certaines élites devenues impopulaires et discréditées.

Le résultat est sans appel : la grève s’est soldée par un échec cuisant. Pas de paralysie durable, pas d’adhésion massive, encore moins de soutien populaire. Et pourtant, dans une tentative de sauvetage narratif, certains veulent faire croire qu’une audience avec Bassirou Diomaye Faye aurait permis de dénouer la crise. Soyons lucides : on ne transforme pas un échec en victoire par un simple affichage institutionnel. Cela relève davantage de la communication que d’un véritable rapport de force.

Mais au-delà de cet épisode, c’est toute la question de la régulation du secteur qui est posée. Peut-on continuer à tolérer un système où les tarifs varient au gré des intérêts, où les règles sont contournées, et où une minorité tente d’imposer sa loi au détriment de l’intérêt général ? La réponse est clairement non.

Il est temps d’engager des réformes profondes et courageuses. Mettre fin à l’anarchie tarifaire, en imposant des mécanismes transparents qui obligent à répercuter aussi bien les baisses que les hausses. Garantir la liberté de travailler, en sanctionnant fermement toute tentative de blocage ou d’intimidation. Conditionner les soutiens de l’Etat, notamment dans le renouvellement du parc ou l’accès au financement, à des engagements stricts en matière de discipline et de responsabilité. Et surtout, redéfinir les interlocuteurs du secteur, en privilégiant des représentants réellement légitimes et en phase avec la base.

Car au fond, camarade, cette séquence marque peut-être un tournant. Des transporteurs irresponsables ne peuvent plus continuer à prendre les Sénégalais en otage, pendant que les usagers subissent, en silence, les dérives d’un système à bout de souffle. L’Etat, aujourd’hui, n’a plus le choix : il doit reprendre la main, avec fermeté et lucidité.

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