Grève sans service minimum : la santé n’est pas un champ de bataille

Par Mamadou Sèye

L’annonce d’une série de grèves sans service minimum par l’Alliance And Gueusseum appelle une mise au point claire. Le droit de grève est constitutionnel. Il est légitime. Il est une conquête sociale. Mais il n’est pas absolu. Il s’exerce dans le cadre de la loi. Et la loi est sans ambiguïté : l’absence de service fait entraîne retenue sur salaire. Les ponctions ne sont ni une punition ni une revanche politique ; elles sont l’application mécanique d’un principe simple – pas de travail, pas de rémunération.

On ne peut pas invoquer l’Etat de droit quand il protège ses revendications et le contester lorsqu’il applique ses règles.

Mais le vrai problème est ailleurs. Dans la santé, une grève n’a pas la même portée qu’ailleurs. Une classe fermée retarde un programme. Un poste de santé paralysé peut coûter une vie. Derrière la formule « sans service minimum », il y a des malades, des urgences, des familles sans alternative. Dans un pays où l’hôpital public reste le refuge des plus modestes, suspendre les soins comme levier de pression pose une question éthique majeure.

La force d’un mouvement social tient à sa capacité à défendre ses droits sans fragiliser l’intérêt général. Quand l’opinion a le sentiment d’être prise en otage, la cause, même juste, s’affaiblit. La santé publique n’est pas un champ de bataille syndical ; elle est un sanctuaire républicain.

L’Etat doit dialoguer sans arrogance. Les syndicats doivent revendiquer sans mettre en péril la continuité des soins. Entre la fermeté juridique et la responsabilité morale, il existe une ligne d’équilibre. C’est sur cette ligne que se mesure la maturité d’une République.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *