Le Sénégal peut-il réussir sans le FMI ?

Par Mamadou Sèye

La question n’est plus théorique. Elle est politique. Elle est stratégique. Elle est existentielle.
Le Sénégal peut-il tracer sa trajectoire budgétaire sans l’ombre portée du Fonds monétaire international ?

Pendant des décennies, le recours au Fonds monétaire international a été présenté comme un passage obligé. Garantie de crédibilité, label de sérieux, certificat de bonne conduite macroéconomique. Pour les marchés financiers, pour les partenaires techniques, pour les investisseurs, la signature du FMI rassure. Elle sert de boussole.

Mais elle a aussi un coût. Un coût politique. Un coût social. Un coût en marges de manœuvre.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, un discours nouveau s’est imposé : celui de la souveraineté budgétaire assumée. Refuser la dépendance automatique. Négocier autrement. Redéfinir les priorités.

Mais soyons lucides : la souveraineté ne se proclame pas, elle se finance.

Un Etat peut-il se passer du FMI ? Oui, en théorie. A condition de maîtriser ses déficits, d’optimiser ses recettes fiscales, de lutter efficacement contre l’évasion et les niches injustifiées, de rationaliser ses dépenses. A condition aussi de restaurer la confiance des marchés sans béquille institutionnelle.

Car le véritable enjeu est là : la crédibilité.
Sans programme FMI, les marchés exigent des taux plus élevés. Les investisseurs scrutent les signaux. La moindre incertitude devient prime de risque. L’indépendance coûte cher si elle n’est pas accompagnée de discipline.

Mais l’inverse est tout aussi vrai : dépendre excessivement du FMI peut enfermer un pays dans une logique d’austérité permanente, parfois déconnectée des réalités sociales. Les conditionnalités peuvent contraindre les politiques publiques, ralentir les ambitions industrielles, brider l’investissement social.

Le débat ne doit donc pas être caricatural. Ce n’est ni un bras de fer idéologique ni une fuite en avant souverainiste. C’est une équation fine entre autonomie stratégique et crédibilité financière.

Le Sénégal dispose d’atouts : ressources énergétiques en exploitation, potentiel agricole, diaspora dynamique, secteur privé en mutation. Mais ces atouts doivent être structurés par une gouvernance rigoureuse. La souveraineté sans rigueur devient imprudence. La rigueur sans souveraineté devient dépendance.

Ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est pas la rupture spectaculaire avec une institution internationale. C’est la capacité du pays à démontrer qu’il peut honorer ses engagements, payer sa dette, stabiliser ses finances, tout en redéfinissant ses priorités nationales.

Réussir sans le FMI ne signifie pas s’isoler. Cela signifie négocier d’égal à égal. Cela signifie bâtir une crédibilité interne suffisamment forte pour ne pas dépendre d’un label externe.

Le pari est audacieux. Il est risqué. Mais il est porteur d’un message puissant : la maturité économique d’un Etat se mesure à sa capacité à choisir ses partenaires, non à les subir.

Reste une vérité incontournable : les marchés ne prêtent pas à la foi politique. Ils prêtent à la stabilité, à la transparence, à la cohérence.

Si le Sénégal parvient à conjuguer discipline budgétaire, justice fiscale et vision stratégique, alors oui, il pourra réussir sans le FMI.
Sinon, la souveraineté deviendra un slogan coûteux.


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