Par Mamadou Sèye
C’est une première dans les annales économiques du pays. En 2024, les exportations sénégalaises ont bondi de 21,25 %, atteignant 3 909 milliards de francs CFA, contre 3 224 milliards l’année précédente. Près de 9,6 millions de tonnes de biens sénégalais ont quitté nos ports et frontières, contre 7,4 millions en 2023. Ces chiffres ne sont pas que spectaculaires, ils sont structurants. Car pour la première fois, le Sénégal entre dans l’histoire économique mondiale non comme un débouché, mais comme un fournisseur stratégique, avec en tête de file l’or non monétaire, les produits pétroliers raffinés, les huiles brutes de pétrole, l’acide phosphorique, le ciment et l’acier.
Ce que disent ces résultats, c’est la fin d’un cycle. Celui d’un pays longtemps condamné à importer presque tout et à exporter surtout sa jeunesse. En quelques mois, cette image se fissure. Et c’est une toute autre narration qui émerge : celle d’un Sénégal qui produit, transforme et vend. Les exportations ne répondent plus seulement aux secousses des marchés mondiaux. Elles traduisent une montée en gamme industrielle, une structuration plus fine des filières, une volonté affirmée de redresser la balance commerciale. Il y a là un signal fort d’autonomisation, un frémissement de souveraineté réelle.
Cette dynamique s’inscrit dans une conjoncture politique elle aussi inédite. Le pouvoir issu des urnes du 24 mars 2024, porté par le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, était attendu sur un double terrain : rendre justice sociale et produire des résultats tangibles. Ces 21 % leur offrent une carte précieuse, une donnée incontestable qui ancre leur discours dans le réel. La rupture cesse d’être promesse pour devenir trajectoire.
Mais rien n’est acquis. Toute embellie peut se dérober si elle n’est pas consolidée. Le Sénégal devra impérativement sécuriser ses chaînes logistiques et douanières, renforcer l’intégration des petites et moyennes entreprises dans les circuits d’exportation, industrialiser son agriculture pour en faire un moteur économique à part entière, investir massivement dans la formation de compétences adaptées à cette nouvelle phase, et garantir une stabilité institutionnelle et réglementaire capable d’aimanter les investissements sur le long terme. Il ne s’agit pas d’applaudir une envolée conjoncturelle, mais de convertir une impulsion en stratégie, un chiffre en cap.
Ce que nous avons sous les yeux, c’est plus qu’une statistique. C’est une possibilité. Le Sénégal a produit. Le Sénégal a vendu. Le Sénégal a surpris. Il reste à bâtir un modèle économique ancré, équilibré, souverain. Le monde a changé. Le Sénégal aussi. Et cette fois, ce n’est pas un vœu pieux.