Justice en otage : le droit de grève face à la demande sociale

Par Mamadou Sèye

Le 17 juillet 2025, le ministre de la Justice Ousmane Diagne signait une note administrative ordonnant des réquisitions ciblées dans les juridictions. L’objectif est clair : garantir un minimum de continuité dans un appareil judiciaire gravement perturbé par les grèves à répétition des greffiers. Cette décision ne tombe pas du ciel. Elle répond à une demande sociale nette : les citoyens veulent une justice plus rapide, plus accessible, plus présente. Mais voilà : au sortir d’un traumatisme politique profond, le pays cherche de l’apaisement, des repères solides. La justice, pilier de l’Etat de droit, devrait être le moteur de cette reconstruction. Et pourtant, c’est dans ce secteur vital que se concentre aujourd’hui un des mouvements sociaux les plus perturbateurs. Les syndicalistes le savent : le choix du timing est stratégique. Lancer une grève en pleine saison judiciaire, au moment où l’opinion est attentive aux décisions de justice, maximise la pression. Mais cela maximise aussi le ressentiment. Car les justiciables, eux, n’ont ni porte-parole, ni journée d’action, ni relais syndical. Ils subissent. Les revendications portées par les greffiers ne sont pas nouvelles : reclassement, revalorisation salariale, reconnaissance statutaire. Elles sont compréhensibles, légitimes même. Mais l’opinion, elle, ne suit plus. Et cela, ça compte. Car dans une démocratie post-crise, chaque profession est aussi jugée à l’aune de sa capacité à faire preuve de résilience, pas seulement de revendication. Il faut dire aussi que le Garde des Sceaux n’a pas choisi la confrontation. Ousmane Diagne a multiplié les gestes d’ouverture : échanges avec les syndicats, propositions de formation, volonté de concertation interministérielle. En retour, il est en droit d’attendre un service minimum, surtout lorsqu’il s’agit de délivrer des jugements, d’assurer les audiences, de garantir les libertés. Nous ne sommes plus à l’heure des démonstrations de force, mais à celle de la responsabilité collective. Le droit de grève est une conquête. Son exercice ne doit jamais devenir une épreuve infligée au peuple. Le dialogue doit reprendre, sérieusement, mais les juridictions ne peuvent être prises en otage. C’est une question de justice, certes. Mais aussi de confiance dans la République.


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