Les inondations : sortir enfin du cycle des milliards engloutis

Par Mamadou Sèye

Le Président de la République s’est rendu ce samedi en banlieue, précisément à Thiaroye, pour constater de visu les souffrances des populations cernées par les eaux. Cette descente sur le terrain, au contact des familles sinistrées, a été fortement remarquée. Mais elle soulève une interrogation de fond : combien de Présidents, de ministres, de délégations officielles se sont déjà rendus dans ces mêmes quartiers, au fil des décennies, sans que les inondations cessent de rythmer la vie des Sénégalais à chaque hivernage ?

Les milliards évoqués par l’ancien régime, supposément investis dans un Plan décennal de lutte contre les inondations, n’ont manifestement pas produit l’effet escompté. Aujourd’hui, la réalité est là, implacable : maisons submergées, routes impraticables, familles déplacées, activités économiques paralysées. Le nouveau ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement Dr Cheikh Tidiane Dièye se dépense sans compter, multipliant les sorties et les interventions. Mais l’action ponctuelle, si louable soit-elle, ne suffit plus.

Le problème est structurel. Il relève moins d’un manque d’argent que d’une absence de vision d’ensemble. Selon plusieurs experts, l’urbanisation anarchique a condamné des milliers de familles à vivre dans des zones non viabilisées, autrefois marécageuses. Le réseau de drainage reste embryonnaire, les stations de pompage fonctionnent souvent à flux tendu, et chaque hivernage ressemble à une répétition du précédent : on pompe, on cure, on évacue… en attendant la prochaine pluie diluvienne.

Il est temps de rompre ce cycle. Le Sénégal ne peut plus se contenter d’une gestion saisonnière des eaux pluviales. Selon plusieurs experts, il faut désormais un plan directeur décennal, réaliste, transparent, et surtout exécuté. Ce plan doit intégrer la maîtrise de l’urbanisation, des travaux hydrauliques majeurs interconnectant bassins, collecteurs et canaux de dérivation, une gouvernance unifiée avec une agence nationale dotée de moyens réels et d’une obligation de résultats, mais aussi une prévention communautaire qui ferait des populations des acteurs de leur propre résilience.

La descente du chef de l’Etat à Thiaroye peut être un signal fort : celui de la fin des promesses recyclées et des milliards engloutis dans les sables mouvants de l’improvisation. Mais pour que ce signal se traduise en changement, il faut oser la rupture, planifier sur le long terme et accepter que la solution ne réside pas dans l’urgence permanente mais dans l’aménagement durable.

Chaque hivernage qui passe sans cette réorientation stratégique est une saison perdue. L’histoire retiendra moins les visites présidentielles que la capacité du Sénégal à sortir de ce cycle infernal. Aujourd’hui, plus qu’un constat, c’est une exigence nationale.


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