Le cinéma, ce théâtre populaire qui nous manque tant

Par Mamadou Sèye

Il fut un temps où aller au cinéma était tout un rituel. On se préparait comme pour une fête, on choisissait ses habits du dimanche, on s’installait devant le Rex, le Vog, l’ABC ou l’El Mansour, la monnaie serrée dans la poche. A l’entrée, on retrouvait les copains, les cousins, les voisins. Et puis, une fois dans la salle, le vrai spectacle commençait.

Car il faut le dire : le cinéma au Sénégal, c’était rarement silencieux. Quand Bruce Lee apparaissait à l’écran, il y avait toujours quelqu’un pour crier : « Frappe-le ! » comme si le maître des arts martiaux avait besoin d’un coach depuis Pikine. Quand un cow-boy dégainait, on entendait : « Attention, derrière toi ! ». Et quand Amitabh Bachchan dansait, la moitié de la salle battait des mains. On riait, on pleurait, on commentait. Bref, c’était du cinéma interactif avant l’heure.

Il y avait aussi ces vendeurs de cacahuètes et de biscuits, champions toutes catégories de l’équilibre. Plateau en main, ils se faufilaient entre les chaises sans rien renverser, défiant les lois de la physique mieux qu’un cascadeur hollywoodien. Et puis, avouons-le, certains allaient moins pour le film que pour l’ambiance. Les amoureux, eux, profitaient de l’obscurité pour se tenir discrètement la main, tandis que les gamins lançaient des boulettes de papier sur les premiers rangs.

Aujourd’hui, les grandes salles ont fermé leurs portes ou se sont reconverties. On regarde les films sur son téléphone, chacun dans son coin. Plus de cris, plus d’applaudissements, plus de cacahuètes qui circulent. On envoie un commentaire sur WhatsApp au lieu de hurler en direct. Le cinéma n’a pas disparu, mais il a perdu cette chaleur collective qui transformait chaque projection en fête de quartier.

Alors, un dimanche comme celui-ci, on peut bien se permettre un petit sourire nostalgique. Parce qu’au fond, ces soirées passées dans les salles obscures avaient un charme fou. Et même si Netflix aligne des milliers de films, il lui manquera toujours l’essentiel : l’homme qui crie plus fort que les acteurs, et le public qui rit à gorge déployée.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *