Par mamadou Sèye
La bourgeoisie ne gouverne jamais sans crise. Elle l’invente quand elle n’existe pas, l’exagère quand elle est contenue, la travestit quand elle se retourne contre elle. L’idéologie de la crise est son arme préférée : elle permet de gouverner par la peur, de discipliner les masses et de masquer ses propres turpitudes. Aujourd’hui, dans notre pays, ce refrain s’est imposé comme un réflexe pavlovien : « compte tenu de la crise qui sévit, les temps sont durs… » répètent en chœur les opposants, et parfois même certains partisans du pouvoir. Mais, si l’on regarde les faits, où est donc cette fameuse crise ?
La matérialité des faits est têtue : les salaires et pensions sont payés à temps, un critère décisif qu’aucun Etat réellement en crise ne saurait tenir avec une telle constance. Le gouvernement a multiplié les efforts pour protéger le pouvoir d’achat, en baissant les prix du riz, du sucre, de l’huile, du pain. Les exportations ont connu des hausses spectaculaires, permettant de réduire sensiblement le déficit commercial du pays. Le travail de redressement est visible, tangible, mesurable.
Et fait inédit : depuis l’avènement des nouvelles autorités, le pays se maintient sans la moindre contribution du FMI. Voilà une preuve que le peuple est debout, que l’économie n’est pas en faillite, et que l’on peut tenir ses engagements sans céder à la dépendance financière qui a longtemps servi de camisole.
Le paradoxe, c’est que ceux qui parlent le plus de crise sont précisément ceux qui ont plongé le pays dans la dette cachée, les détournements et la gabegie. Ils cherchent aujourd’hui à brouiller la conscience populaire, à faire croire que les responsabilités sont partagées, que l’héritage désastreux qu’ils ont laissé serait une fatalité. Mais le peuple, lui, sait d’où il vient, et il mesure les efforts concrets des nouvelles autorités pour redresser la situation.
Or, l’idéologie de la crise ne veut rien voir de tout cela. Elle préfère blanchir les prédateurs d’hier, offrir aux hésitants d’aujourd’hui un prétexte commode, et surtout installer dans la conscience populaire un climat de résignation. Mao Zedong l’avait dit : « Là où il y a oppression, il y a résistance. » L’idéologie bourgeoise de la crise cherche précisément à briser cette résistance, à faire croire au peuple qu’il est impuissant, qu’il doit s’accrocher à des sauveurs imaginaires, qu’il doit accepter la fatalité comme horizon.
Mais la crise, dialectiquement, n’est jamais une fatalité. Elle est une transition, un moment de bascule qui contient en lui les germes de son propre dépassement. La bourgeoisie, elle, veut la figer, en faire un état permanent, un décor immuable pour que rien ne change vraiment.
Il faut donc proclamer avec force : la crise, telle qu’on nous la vend, n’existe pas. Elle est une construction discursive, un outil idéologique. La véritable contradiction est ailleurs : entre le peuple qui produit, résiste et avance, et les élites qui veulent l’enfermer dans une psychose économique. Refuser l’idéologie de la crise, c’est refuser la peur. C’est affirmer que malgré les défis, le peuple est debout, qu’il avance, qu’il transforme.
On n’étouffe pas un peuple debout : il ne subit pas la crise, il fait l’histoire.