Par mamadou Sèye
La rencontre d’hier entre le Président de la République et le groupe parlementaire PASTEF a été beaucoup plus qu’un simple échange institutionnel. C’était un moment de codification politique, où chaque geste, chaque retenue, chaque nuance pesait davantage que les déclarations publiques. Dans une opinion échauffée, certains avaient fantasmé une scène où le Chef de l’Etat se désolidariserait publiquement de Mimi Touré ou de la coalition amorphe qui prétend encore peser dans le jeu. Mais un Président ne peut se permettre une telle démonstration. Un Président ne règle pas ses comptes devant témoins. Un Président n’offre jamais à ses adversaires l’occasion de le voir agir sous l’impulsion.
Il était donc illusoire d’espérer qu’en recevant PASTEF, le Chef de l’Etat s’en prenne ouvertement à Mimi. La fonction présidentielle impose la hauteur, la retenue et le respect du temps long. Ce temps long, précisément, est devenu son outil. Car les derniers jours lui ont suffi pour mesurer l’ampleur de ce que Mimi représente aujourd’hui : un coût politique, un symbole fragile, une ombre portée dont la proximité ne produit que de la suspicion et de l’usure. L’opinion le sait, le murmure s’est installé, et un Président ne peut ignorer cette dimension.
Ce qui s’est passé hier relevait moins du discours que de la stratégie silencieuse. Le Chef de l’Etat n’a rien dit, mais il a tout signifié. Il a opté très certainement pour la posture qui fatigue « l’adversaire » le plus sûrement : l’injoignabilité organisée. Il laisse venir. Il laisse s’user. Il laisse s’effriter ce qui n’a plus de colonne vertébrale. C’est un art ancien du pouvoir : ne pas rompre bruyamment mais laisser la réalité accomplir, avec patience, ce que la parole précipitée pourrait détruire.
L’observateur averti voit bien que cette stratégie vise autant la préservation de la fonction que l’extinction naturelle d’une alliance devenue inutile. S’afficher avec Mimi aujourd’hui, c’est prendre le risque de partager un discrédit. S’en séparer brutalement, ce serait lui offrir le statut de victime. Alors, il choisit la voie la plus efficace : le temps qui éloigne, le silence qui délégitime, la distance qui efface.
Machiavel rappelait qu’il fallait être à la fois loup et renard. Le renard pour éviter les pièges. Le loup pour maintenir la crainte. Le Président, en ce moment précis, combine les deux avec une précision clinique. Il ne désavoue pas. Il ne valide pas. Il laisse les contradictions se déployer jusqu’à s’autodétruire. La politique est un terrain où les vérités inutiles meurent d’elles-mêmes, dès lors que personne ne se donne la peine de les maintenir artificiellement en vie.
Dans la salle où il recevait PASTEF, le Chef de l’Etat n’avait donc rien à déclarer à propos de Mimi. La réalité parle pour lui. Les signaux des derniers jours ont tracé une ligne claire : Mimi ne structure plus rien, ne mobilise plus rien, ne protège plus rien. De significatif.Elle incarne une phase close du jeu politique. S’obstiner à la maintenir dans le cercle présidentiel serait une faute. La laisser dériver dans le courant naturel des événements est une stratégie.
Et c’est exactement ce qui est en train de se produire.
Mimi, c’est du passé.
Et la rencontre d’hier n’a fait que confirmer, dans un silence calculé, ce que l’opinion avait déjà compris.