Mimi Touré : la dernière illusion

Par Mamadou Sèye

Il est temps de regarder la situation en face : la présence de Mimi Touré au cœur du dispositif politique actuel est devenue un facteur majeur d’instabilité, non par machination ou par ambition démesurée, mais parce qu’elle occupe un espace qui ne correspond plus ni à son parcours, ni à la dynamique du moment. Sa désignation pour coordonner une coalition rejetée par PASTEF a suffi pour créer une onde de choc dans un pays où la moindre ambiguïté devient un foyer d’incendie.

Le premier signe de l’impasse est apparu lorsque les structures politiques intéressées ont été invitées à « se déployer sur les réseaux sociaux ». Une scène presque surréaliste en a découlé : un défilé d’illustres inconnus, de micro-formations sans existence réelle, de noms surgis de nulle part, tentant de donner l’illusion d’une coalition vivante. Cette agitation numérique n’a trompé personne. Elle a simplement révélé le vide abyssal d’un projet sans base, sans ancrage, sans souffle. Tous les “leaders” qui se sont signalés — Mimi Touré et Dr Abdourahmane Diouf compris — cumulés ne représentent même pas 0,0001 de l’électorat. L’échec, ici, n’est pas probable : il est certain.

A cette absence de légitimité populaire s’ajoute un autre problème, plus profond encore : le logiciel politique de Mimi est incompatible avec l’époque. Elle porte en elle les réflexes d’un système ancien, centralisé, vertical, rigide. Les méthodes qui ont structuré son parcours — technocratie, hiérarchie, négociations feutrées — sont à l’opposé de ce qui fait la force de la gouvernance actuelle : horizontalité, transparence, proximité militante, rythme rapide. En la plaçant à la tête d’une coalition censée incarner le renouveau, on crée un court-circuit politique, un télescopage méthodologique, presque un anachronisme. On ne greffe pas un logiciel passé sur un corps politique qui avance à une autre vitesse.

Il y a également une dimension humaine que nul ne peut ignorer : Mimi Touré a été blessée par son histoire politique récente. Ecartée, humiliée, abandonnée après des années de loyauté au régime précédent, elle porte une charge émotionnelle lourde. La tentation d’une revanche symbolique — même involontaire — plane toujours lorsqu’on a tout perdu sous les projecteurs. Chercher une réhabilitation personnelle n’a rien d’irrationnel ; c’est profondément humain. Mais c’est précisément ce qui rend sa position actuelle dangereuse pour la stabilité institutionnelle. Le pays vit un moment d’hyper-sensibilité où la moindre faille peut se transformer en crise.

La situation prend une dimension plus grave encore lorsque l’on tient compte du rapport entre Mimi et le duo exécutif actuel. Diomaye Faye et Ousmane Sonko pourraient être ses enfants. Ils incarnent une nouvelle génération, une autre énergie, un autre rapport au pouvoir. Leur relation est devenue, à tort ou à raison, un pilier psychologique de l’équilibre national. A l’instant où une figure perçue comme étrangère à cet alignement s’insère, même de manière institutionnelle, le pays s’inquiète, se crispe, se divise.

C’est pourquoi la simple image du Président aux côtés de Mimi Touré devient un symbole lourd, difficile à gérer dans l’opinion. L’atmosphère est telle que la prudence s’impose dans chaque geste, chaque audience, chaque photographie. Aucun appel mis en scène, aucune lettre officielle, aucune rencontre publique ne doit suggérer une proximité politique nouvelle. Le Sénégal n’est pas dans un temps normal : il est dans un temps de tension. Et dans ce climat, tout ce qui rappelle la genèse de la crise doit être évité.

La vérité brute, désormais, tient en peu de mots : Mimi Touré n’a plus la capacité de porter une coalition. Elle le sait. Elle s’agite pour sauver les apparences, mais son rôle politique réel a été balayé par la raison d’Etat. La raison d’Etat l’a liquidée en réalité, non par animosité, mais par nécessité. Le pays ne peut pas se permettre de fragiliser davantage un exécutif déjà exposé à la moindre secousse émotionnelle des citoyens.

La meilleure issue pour elle est d’assumer ce que le temps lui impose. Le Sénégal est entré dans une phase où la transmission devient plus précieuse que la compétition. Mimi Touré a une histoire dense, riche, parfois douloureuse, qui mérite d’être racontée. Ce moment peut devenir celui de la hauteur, de la sagesse, de la distance juste. Un retrait volontaire serait un geste d’élégance. Une respiration nationale. Une libération politique pour tous.

Et pour elle, ce serait enfin la possibilité d’écrire ses mémoires, loin des convulsions, dans la vérité profonde de ce qu’elle a été. Une femme de combats, de fractures, de résistances. Mais une femme dont le cycle politique actif touche désormais à sa fin.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *