Pendant qu’ils twittent, l’Etat trace

Il y a parfois des silences qui travaillent plus profondément que mille vociférations. Et il y a parfois, dans le fracas inutile des réseaux sociaux, des éclairs qui révèlent l’essentiel : l’Etat sénégalais, aujourd’hui, parle le langage du monde pendant que certains continuent de bredouiller dans l’arrière-cour du buzz. La scène de Washington, ce mardi 9 juillet, a mis les choses au clair.

Le Président Bassirou Diomaye Faye était l’invité du Président Donald Trump dans un mini-sommet restreint, où le Sénégal a tenu sa place non pas en quémandeur de faveurs, mais en offreur de projets. Exploration minière avec l’US Geological Survey, hub numérique de 40 hectares à Dakar, parcours de golf sur la Petite-Côte pour sceller un pacte symbolique : il ne s’agissait pas de folklore diplomatique, mais d’une stratégie d’ancrage, d’une vision assumée, d’un pays qui veut exister autrement que par les aides.

Et voilà que Donald Trump lui-même, dans un éclair de lucidité, a salué la résilience de Diomaye, évoquant un homme « jeune, injustement traité par l’ancien régime ». Le monde voit ce que d’autres ici refusent encore d’admettre : la brutalité du passé, la dignité du présent. Trump n’avait aucun intérêt à flatter gratuitement. Il a dit ce que beaucoup d’observateurs pensent : Diomaye revient de loin. Et il revient fort.

Et pourtant, il n’y a pas si longtemps, certains donnaient des leçons à la va-vite. Parce que des basketteuses avaient vu leur demande de visa refusée, voilà qu’on parlait d’humiliation diplomatique. Ce qu’on oubliait, c’est que le Premier ministre Ousmane Sonko, dans une posture de fermeté tranquille, avait décidé que le stage se tiendrait désormais à Dakar. Point final. Une décision souveraine, digne. Et pendant que d’autres s’indignaient pour exister, la diplomatie sénégalaise tricotait une autre logique.

Car pendant que Diomaye s’adressait à Trump dans les codes d’une diplomatie moderne et concrète, Sonko, lui, avait été reçu au plus haut niveau en Chine, tissant des liens stratégiques, économiques, logistiques. Quelques jours plus tôt encore, Diomaye échangeait avec Macron à Séville. Trois puissances, trois dialogues de haut niveau. Et une seule direction : redonner au Sénégal les moyens de négocier sans complexe.

Ce que nous voyons émerger, c’est une diplomatie bicéphale, intelligente, coordonnée, fondée non sur le vacarme des slogans mais sur le silence fécond des actes. Diomaye et Sonko, dans un duo républicain inédit, font montre d’une complémentarité redoutable : pendant que l’un incarne la parole stratégique et l’autre la fermeté opérationnelle, l’Etat avance. Il trace. Il agit.

Et pendant ce temps, que fait notre opposition ? Elle s’accroche au moindre mot d’un chroniqueur en mal de clics. Elle s’indigne sur commande, s’excite sur des phrases, s’épuise dans des polémiques qui ne construisent rien. Le pays travaille, eux s’agitent. La diplomatie s’active, eux bavardent. Le tandem républicain voyage, eux piétinent dans le confort de l’amertume. Là où il faut bâtir, ils préfèrent blâmer. Là où il faut penser, ils préfèrent provoquer.

La vérité est rude, mais nécessaire : Sonko les a confinés à la remorque du buzz, pendant que lui et Diomaye réécrivent l’agenda de la République. Et même une partie de la société civile, naguère sentinelle éclairée, semble avoir cédé à la tentation du bavardage permanent, orpheline de la manne financière d’antan, en manque de causes nobles, réduite à liker là où elle devait alerter.

La dialectique est implacable : pendant que l’opposition parle, le Sénégal signe. Pendant qu’elle tweete, le Sénégal négocie. Pendant qu’elle s’agite, le Sénégal s’affirme. La rupture est là : pas dans les slogans, mais dans la méthode. Pas dans la rébellion bruyante, mais dans l’exercice ferme et sobre de la puissance.

L’Histoire retiendra qu’en ce moment précis, un Etat, après des décennies de dépendance diplomatique et de discours convenus, a choisi d’être debout. Sans arrogance, sans soumission. Avec ses failles, certes, mais avec une colonne vertébrale. Un Etat redevenu acteur. Un pays redevenu audible. Un peuple enfin représenté dans sa fierté.

Pendant qu’ils twittent, l’Etat trace. Et rien, ni les chroniqueurs, ni les rageux, ni les nostalgiques du désordre ancien, ne pourront l’en empêcher.


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