Pourquoi l’opposition ne parvient plus à exister ?

Par Mamadou Sèye

Autrefois, le débat d’idées animait la vie politique, même dans la controverse. Les positions pouvaient diverger, parfois violemment, mais elles étaient construites, portées par une colonne vertébrale idéologique, une ligne de conduite, une vision. Aujourd’hui, le paysage politique sénégalais donne le spectacle d’un désert intellectuel, où les acteurs semblent incapables d’exister sans scruter, commenter, voire fantasmer la vie d’Ousmane Sonko. Tout se passe comme si l’unique programme de l’opposition actuelle était Sonko lui-même. Non pas pour le combattre politiquement, mais pour tenter de se nourrir de son ombre.

Ce rétrécissement du débat, cette réduction de la politique à des ragots de coulisses et à une sociologie de salon, est le symptôme d’un vide stratégique profond. Depuis plus d’une décennie, ceux qui ont détenu les leviers de l’appareil d’Etat n’ont pas su élever le niveau du débat, ni proposer un projet fédérateur. Pire : ils ont participé à la déchéance du discours politique, en traînant le débat dans la fange, par petites phrases, attaques ad hominem, rumeurs orchestrées. C’est là une bassesse historique, indigne des défis qui interpellent le pays.

Aujourd’hui, l’opposition ne sait plus comment exister, car elle ne repose sur aucune base populaire sérieuse, aucune doctrine, aucun travail de terrain constant. Elle tente maladroitement de s’immiscer dans les relations personnelles ou stratégiques entre Diomaye et Sonko, espérant y trouver une faille, une étincelle qui pourrait ranimer une parcelle d’attention médiatique. C’est une erreur stratégique. Ce voyeurisme politique n’élève personne. Il dévoile plutôt une misère idéologique abyssale.

La vérité est que le peuple a tranché. Il ne croit plus en une opposition sans colonne vertébrale, sans boussole, sans ancrage. Il a confiné cette opposition molle, affairiste, et souvent arrogante dans les abysses de l’oubli collectif. Pendant ce temps, Sonko occupe l’espace, non par miracle, mais parce qu’il est l’un des rares à être resté fidèle à un discours structuré, à un projet politique identifiable, à un langage de terrain. Sa capacité à exister même dans l’adversité, à faire école même dans le silence, s’explique par l’effort dialectique, la construction militante, le travail d’implantation, et une présence réelle dans l’imaginaire des masses.

Ce n’est donc pas Sonko qui est « surmédiatisé », ce sont les autres qui sont devenus politiquement invisibles, parce qu’ils n’ont pas pris la peine de se reconstruire après les revers. Au lieu de proposer une alternative à Diomaye, ils cherchent à fragiliser le duo. Cela trahit leur impuissance.

Il faut dire aussi que la société civile dite « engagée » n’a pas échappé à cette décrépitude. Beaucoup de ses figures, hier bruyantes, se sont reconverties en consultants sans impact, en moralistes sélectifs, ou en lobbyistes professionnels. Quelle activité, en effet, permet à certains de s’ériger en conscience nationale tout en érigeant des immeubles ? Quelle opposition peut prétendre incarner le peuple quand elle ne descend jamais dans les profondeurs de ce peuple, préférant les cocktails feutrés aux coins de rue, les panels aux pancartes ?

Pour exister, l’opposition doit revenir au sens noble de la politique : écouter, bâtir, convaincre, débattre, mobiliser. Il ne suffit pas de se présenter contre un régime. Il faut offrir une alternative crédible, lisible, sérieuse. La politique n’est pas une foire aux vanités. C’est une responsabilité devant l’Histoire.

En vérité, la seule opposition intelligente actuellement en action, c’est celle que Sonko incarne, même au cœur du pouvoir, car il continue d’agiter les lignes, de parler aux profondeurs du pays, de tenir en haleine les puissances installées. Sonko n’est pas un adversaire banal. Il est le produit d’une dialectique historique et sociale que d’aucuns refusent encore de comprendre. Cela explique pourquoi, faute de comprendre, ils calomnient. Faute de construire, ils détruisent. Faute d’exister, ils commentent.

Voilà pourquoi l’opposition ne parvient plus à exister. Elle a déserté les idées, abandonné le terrain, et sombré dans la mesquinerie. Elle devra choisir entre la renaissance ou la relégation définitive.

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