Sénégal–Maroc : après la CAN, la diplomatie pour éteindre les braises

Par Mamadou Sèye

Au lendemain d’une finale de Coupe d’Afrique des Nations 2025 à forte charge émotionnelle, opposant le Sénégal au Maroc, la raison d’Etat a repris le dessus sur les passions populaires. L’entretien téléphonique entre le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko et son homologue marocain Aziz Akhannouch s’inscrit dans une séquence diplomatique décisive, alors que l’après-match a été marqué par des tensions préoccupantes au Maroc, exposant notamment des ressortissants sénégalais à des actes inacceptables.

La CAN, censée être une fête du football africain, a une fois de plus démontré combien le sport peut devenir un exutoire politique et identitaire lorsque la déception se mêle au nationalisme. Sur le terrain pourtant, le Sénégal n’a rien volé. Sa victoire a été nette, acquise dans le respect des règles et sans contestation sérieuse possible. Mais hors du rectangle vert, l’émotion a parfois pris le pas sur la raison, donnant lieu à des débordements qui ont terni l’image d’un pays organisateur jusque-là salué pour ses infrastructures et son engagement continental.

C’est précisément dans ce contexte que l’échange Sonko–Akhannouch prend toute sa dimension. Loin des réactions à chaud, les deux chefs de gouvernement ont fait le choix de l’apaisement, du dialogue et de la responsabilité. La protection des ressortissants sénégalais au Maroc, la vigilance sur la situation des supporters interpellés et l’appel conjoint à la modération, notamment sur les réseaux sociaux, traduisent une volonté claire : empêcher qu’un événement sportif, aussi intense soit-il, ne fracture durablement des relations bilatérales historiques.

Car le Sénégal et le Maroc ne sont pas de simples adversaires d’un soir. Ils sont liés par une relation ancienne et structurante, faite de liens humains, religieux, économiques et diplomatiques profonds. Ces fondations ne sauraient être ébranlées par les soubresauts émotionnels d’une finale de football. En cela, le message envoyé par Dakar et Rabat est limpide : les Etats ne gouvernent pas à l’émotion, mais à la vision.

Cette séquence d’apaisement se traduira d’ailleurs très concrètement par la visite officielle du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko à Rabat les 26 et 27 janvier, à l’occasion de la 15ᵉ session de la Haute Commission Mixte maroco-sénégalaise. Un rendez-vous politique majeur, attendu depuis plus d’une décennie, qui dépasse largement le cadre post-CAN pour inscrire la relation bilatérale dans une dynamique de coopération renforcée, notamment économique et stratégique.

Ce déplacement, au cœur même de la crispation récente, revêt une portée hautement symbolique. Il signifie que Dakar et Rabat ont choisi de transformer une crise émotionnelle en opportunité diplomatique, en réaffirmant la primauté du dialogue et de l’intérêt mutuel. Il rappelle aussi que le leadership africain se mesure à la capacité des dirigeants à contenir les passions populaires pour préserver la stabilité et la dignité des relations entre nations.

Au fond, cette séquence post-CAN enseigne une leçon essentielle : le football passe, les peuples demeurent, mais les Etats ont le devoir de regarder au-delà du score. En faisant prévaloir la diplomatie sur la colère, Ousmane Sonko et Aziz Akhannouch rappellent que l’Afrique gagne toujours lorsque la raison d’Etat l’emporte sur la passion.

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