Par Mamadou sèye
A force de vouloir combattre Ousmane Sonko par des voies détournées, ses détracteurs finissent par établir eux-mêmes le constat politique central de notre époque : le peuple sénégalais est majoritairement avec lui. Plus on s’agite pour l’écarter, plus cette réalité se consolide. Ce n’est ni une posture émotionnelle ni un emballement passager, c’est un fait politique durable.
Ce qui interpelle aujourd’hui, ce n’est pas l’adversité — elle est consubstantielle à la démocratie — mais la tentation de la déloyauté. Chercher à invalider par avance une candidature très probable en 2029, sans base juridique définitive, sans décision irrévocable, sans débat contradictoire, ce n’est pas du droit, c’est une instrumentalisation du droit. Et l’histoire enseigne que lorsque le droit devient un outil d’exclusion politique, il cesse d’être du droit pour devenir un problème.
Le Sénégal reste un Etat de droit. Sa Constitution est sans ambiguïté : la souveraineté appartient au peuple. Elle ne se confisque pas par anticipation, elle ne se suspend pas par peur, elle ne se délègue pas à des interprétations opportunistes. Le droit électoral n’a jamais été conçu pour neutraliser un adversaire, mais pour garantir l’égalité des compétiteurs. Tout ce qui s’en éloigne relève de l’abus, et l’abus finit toujours par se retourner contre ses auteurs.
2024 n’est pas loin, et c’est précisément ce qui rend certaines manœuvres aussi irréalistes que dangereuses. Les Sénégalais ont vu, compris, analysé. Le niveau de conscience politique n’est plus celui d’hier. Le peuple distingue désormais très clairement une procédure régulière d’un procédé taillé sur mesure. L’Etat de droit ne se proclame pas quand il arrange, il s’applique surtout quand il dérange.
A l’échelle internationale, personne n’est dupe non plus. Le Sénégal est observé, attendu, scruté. Les partenaires savent qu’un pays qui revendique une tradition démocratique forte ne peut pas s’autoriser des contournements grossiers du jeu électoral sans y laisser une part de sa crédibilité. La stabilité ne se décrète pas par la contrainte ; elle se construit par la légitimité.
Il faut aussi rétablir une vérité institutionnelle simple : le Premier ministre est loyal au Président de la République. Totalement. Mais il est tout aussi vrai que toutes les chancelleries, tous les grands acteurs internationaux souhaitent un rapport direct avec Ousmane Sonko. Non par passion idéologique, mais par réalisme politique. Les Etats gèrent leurs intérêts. Ils parlent à ceux qui incarnent une dynamique réelle, pas à ceux qui la nient.
L’histoire récente est d’ailleurs éclairante. Alors même que le pouvoir en place semblait tout-puissant et que l’hypothèse d’un troisième mandat suscitait une désapprobation générale, des missions étrangères avaient pris l’initiative d’aller dialoguer avec Sonko, y compris en Casamance. Ce n’était ni un hasard ni une provocation, mais une lecture froide des rapports de force. En politique internationale, on anticipe, on ne s’aveugle pas.
Mais au-delà du droit, au-delà de la géopolitique, il y a désormais une responsabilité morale et historique. Tout ce qui s’est passé dans ce pays impose une obligation de sagesse. Le Sénégal a déjà payé un prix trop lourd. S’engager à nouveau dans des dynamiques d’exclusion, de provocation ou de déni démocratique, ce n’est plus seulement une erreur politique, c’est une prise de risque majeure pour la cohésion nationale.
Personne ne peut garantir qu’un nouveau passage en force se solderait par les mêmes conséquences que par le passé. Les tensions sont plus profondes, les consciences plus politisées, les frustrations plus accumulées. Jouer avec le droit et avec la volonté populaire aujourd’hui, ce n’est plus flirter avec l’instabilité : c’est flirter avec l’irréparable. Aucun pouvoir, aucune ambition, aucune peur ne justifie qu’on engage le pays sur une pente dont nul ne maîtriserait l’issue.
La démocratie offre pourtant une voie claire, pacifique et légitime : le suffrage. Tout citoyen a le droit d’aller à l’assaut des voix des Sénégalais. C’est la règle du jeu. Mais avoir peur d’un adversaire au point de vouloir l’écarter avant le combat n’a rien de glorieux. C’est même l’aveu le plus éclatant de faiblesse.
Il va donc falloir s’y résoudre : affronter Ousmane Sonko à la loyale, dans les urnes, sous l’arbitrage souverain du peuple. Ou persister dans des procédés indignes, avec une conséquence inévitable : le discrédit durable et la sanction populaire. En démocratie, on peut tenter de retarder l’échéance. On ne peut jamais l’abolir.