Par Mamadou Sèye
Ils ont voté. Enfin. Et comme toujours, l’Histoire est arrivée en retard à l’Organisation des Nations unies. Il aura fallu des siècles de silence, de minimisation et de contournement pour que l’Assemblée générale des Nations unies ose dire, sans détour, ce que l’Afrique martèle depuis toujours : la traite négrière n’est pas simplement un crime contre l’humanité — elle en est le crime suprême.
Portée par le Ghana, la résolution adoptée ce 25 mars 2026 franchit un cap que même la Conférence mondiale contre le racisme de Durban n’avait pas osé formaliser avec une telle netteté. En parlant du « plus grand crime contre l’humanité », elle ne fait pas que reconnaître : elle hiérarchise, et ce détail change tout.
Car derrière cette formule, il y a une onde de choc politique. Nommer, c’est accuser. Classer, c’est engager. Et soudain, les prudences diplomatiques deviennent des silences lourds, les abstentions prennent des airs d’embarras, et certaines puissances découvrent que la mémoire n’est plus un terrain neutre.
Longtemps, on a accepté la commémoration sans conséquence, la repentance sans obligation, la mémoire sans facture. Mais en consacrant la traite négrière comme le crime absolu, l’ONU introduit une idée redoutable : celle d’une dette historique qui ne peut plus être esquivée.
Ce vote n’impose rien juridiquement, mais il transforme tout politiquement. Il déplace le centre de gravité du débat mondial : de la reconnaissance vers la responsabilité, de l’histoire vers la justice. Et dans ce glissement, une question devient inévitable, presque obsédante : peut-on reconnaître l’horreur sans en assumer le prix ?