Par Mamadou Sèye
Il y a des chiffres qui ne relèvent pas de la comptabilité ordinaire mais de la rupture politique. Plus de 4 000 milliards de FCFA mobilisés hors FMI en 2025 est de ceux-là. Non parce qu’ils seraient miraculeux, mais parce qu’ils brisent un réflexe ancien, presque pavlovien : celui d’un Etat sénégalais condamné à se financer sous la tutelle permanente des institutions de Bretton Woods.
Ces 4 000 milliards ne tombent pas du ciel. Ils proviennent essentiellement du marché financier régional UEMOA, à hauteur de près de 2 700 milliards de FCFA, à travers bons et obligations du trésor largement souscrits par les banques, assurances et caisses de retraite. A cela s’ajoutent les appels publics à l’épargne, dont les différentes opérations ont permis de mobiliser plus de 1 000 milliards, souvent au-delà des montants initialement recherchés, signe d’une confiance réelle dans la signature de l’Etat. Les financements bilatéraux et alternatifs hors FMI, combinés à une meilleure gestion de trésorerie et à l’optimisation des ressources internes, complètent l’édifice.
Mais réduire ces chiffres à une simple performance financière serait une erreur d’analyse. Ce choix est politique, et il porte un nom : Ousmane Sonko. Depuis des années, il défend l’idée que la souveraineté n’est pas un slogan de campagne mais une architecture économique à bâtir. En 2025, cette idée est passée du discours à l’action. En privilégiant l’épargne nationale, la liquidité régionale et des instruments alternatifs, le gouvernement a fait le choix assumé de changer le terrain du rapport de force.
Certains rappellent, à juste titre, que la dette demeure. C’est vrai. Mais la nature de la dette et surtout la nature de la dépendance ont changé. Entre une dette négociée sous conditionnalités lourdes et une dette structurée sur des ressources internes et régionales, la différence est éminemment politique. L’Etat ne subit plus un cadrage, il arbitre une stratégie.
Il faut mesurer ce que cela signifie : mobiliser 4 000 milliards hors FMI, c’est accepter un risque calculé plutôt que la facilité d’une dépendance confortable. C’est aussi envoyer un message clair : le Sénégal peut financer une part décisive de son développement sans se présenter en demandeur permanent. Peu de dirigeants, dans notre histoire récente, ont osé franchir ce pas.
Qu’on adhère ou non à la ligne du Premier ministre, la cohérence entre ses prises de position d’hier et les choix économiques d’aujourd’hui est difficilement contestable. Ce chiffre concentre tout : une vision, une méthode et une volonté de rompre avec les automatismes. Les 4 000 milliards hors FMI ne disent pas seulement combien a été mobilisé ; ils disent comment le pouvoir économique est en train d’être redéfini.