Par Mamadou Sèye
La crise actuelle à la RTS dépasse les tensions sociales visibles et les controverses conjoncturelles. Elle interpelle sur une question plus fondamentale : la pleine compréhension, par le média public, de sa mission au service de l’Etat et du citoyen.
Il serait réducteur d’aborder ce débat sans rappeler le parcours de Pape Alé Niang avant l’accession des nouvelles autorités au pouvoir. Son engagement dans le combat démocratique, marqué par des épreuves lourdes, dont l’emprisonnement et des grèves de la faim, lui confère une légitimité particulière. Mais cette trajectoire impose aussi, aujourd’hui, une responsabilité accrue : celle de faire du dialogue un principe cardinal de gouvernance.
La RTS est une maison de professionnels aguerris. Journalistes, techniciens, producteurs et agents d’appui y cumulent des décennies d’expérience du service public de l’information. Mis dans des conditions idoines, associés aux décisions et respectés dans leur expertise, ils sont parfaitement en mesure de relever tous les défis liés à une information efficiente, rigoureuse et pédagogique.
Dans le même temps, la mission du média public ne saurait être ambiguë. Le pluralisme est une exigence démocratique. Mais il ne doit jamais conduire à une dilution de la visibilité de l’action gouvernementale, encore moins à un brouillage des priorités. L’accompagnement clair et structuré des politiques publiques demeure une responsabilité centrale du service public.
La récente tournée économique du Président de la République en Casamance a, à cet égard, révélé des insuffisances préoccupantes. Des initiatives majeures, porteuses d’enjeux économiques et sociaux décisifs, appelaient une couverture plus forte, plus pédagogique et plus cohérente. Ce décalage interroge la capacité de la RTS à pleinement jouer son rôle de mise en perspective de l’action publique.
Ce constat est d’autant plus sensible qu’au début du nouveau cycle politique, la RTS avait retrouvé une centralité indiscutable. Aujourd’hui, le grand public semble à nouveau s’en éloigner, se réfugiant massivement sur les réseaux sociaux. Cette évolution devrait alerter l’institution. Non pour imiter ces plateformes, mais pour reprendre l’initiative éditoriale, affirmer sa valeur ajoutée et redevenir la référence nationale de l’information fiable.
Dans ce contexte, l’urgence n’est ni à la crispation ni à l’épreuve de force. Elle est à la reconstruction d’un climat social apaisé, condition indispensable pour mobiliser l’intelligence collective interne et répondre aux attentes du pays.
La RTS n’est pas un média ordinaire. Elle est une institution stratégique. A ce titre, il est attendu de sa direction souplesse, écoute et sens du compromis, ainsi qu’une gestion irréprochable, transparente et constamment soucieuse de l’intérêt général.
C’est à ce prix — par le dialogue sincère, la reconnaissance des compétences internes et la clarté de la mission — que la RTS pourra relever les défis du moment et regagner durablement la confiance d’un public en quête de repères.