Par mamadou Sèye
Il y a des vérités qu’il faut avoir le courage de dire, même lorsqu’elles dérangent. Le secteur du transport, aujourd’hui en ébullition, ne peut s’exonérer d’un minimum de cohérence dans ses postures. Lorsque les prix du carburant ont connu des baisses significatives, les usagers, eux, n’en ont tiré quasiment aucun bénéfice. Aucune répercussion notable sur les tarifs, aucun geste en direction des populations déjà éprouvées par la vie chère. Mais curieusement, lorsqu’il s’agit d’entrer en confrontation avec l’Etat, certains acteurs retrouvent une vigueur revendicative sans limite.
Qu’on ne s’y trompe pas : le droit de grève est un acquis démocratique fondamental. Il est protégé, reconnu, et doit le rester. Mais il ne saurait être dévoyé. Il ne donne ni le droit d’intimider, ni celui d’empêcher d’autres citoyens de travailler. Dans une République digne de ce nom, la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Ceux qui ne se reconnaissent pas dans un mot d’ordre doivent pouvoir exercer leur activité sans subir de pressions, encore moins de violences.
Or, les faits sont têtus. Des bus ont été attaqués, vandalisés, réduits à l’état d’épaves. Des travailleurs ont été empêchés d’exercer. Des scènes indignes ont été observées. Cela ne relève plus du mouvement social, mais d’un basculement dangereux vers l’anarchie. Ces actes ne peuvent rester impunis. Il appartient aux forces de sécurité et à la justice d’identifier les auteurs, de les interpeller et de les traduire devant les juridictions compétentes. L’impunité, en la matière, serait un signal désastreux.
Autre élément troublant : les syndicats les plus représentatifs du secteur ne se sont pas engagés dans cette logique de rupture. Dès lors, une question s’impose avec acuité : qui porte réellement cette contestation ? Quelle est la légitimité de ceux qui prétendent parler au nom de tous ? Cette fragmentation du paysage syndical est en elle-même un problème, et elle fragilise toute tentative de dialogue structuré.
Car il faut bien le dire : ce qui s’est donné à voir ces derniers jours ressemble moins à un dialogue social qu’à un face-à-face confus, mal préparé, sans méthode ni hiérarchie claire des interlocuteurs. Un terrain idéal pour les incompréhensions, les postures et, au final, le blocage. L’Etat doit en tirer les leçons. Le dialogue ne peut être efficace que s’il est organisé, encadré et fondé sur des interlocuteurs légitimes et identifiés.
Mais au-delà du dialogue, il y a une exigence immédiate : celle de l’ordre public. A la veille de la reprise après le Lundi de Pâques, des milliers de Sénégalais doivent pouvoir regagner leurs lieux de travail, envoyer leurs enfants à l’école, circuler sans crainte. La continuité de la vie nationale ne peut être prise en otage.
Les autorités compétentes doivent donc agir avec fermeté et discernement :
sécuriser les axes, protéger les travailleurs, garantir la libre circulation, et faire respecter la loi. Il ne s’agit pas de briser un mouvement social, mais de préserver la République contre les dérives qui la menacent.
Le Sénégal ne peut s’installer dans un désordre permanent, rythmé par des mots d’ordre fluctuants et des démonstrations de force improvisées. Ce pays a besoin de stabilité, de règles claires, et d’un minimum de discipline collective.
Il faut faire face au charivari. Non pas par la brutalité, mais par l’autorité légitime, celle qui protège, qui régule et qui rassure.