Par Mamadou Sèye
Pendant que le Sénégal cherche à se redresser économiquement, une partie de la classe politique donne malheureusement le sentiment d’évoluer dans un univers parallèle. Le pays fait face à des défis sérieux : dette, emploi, coût de la vie, souveraineté économique, relance productive, crédibilité budgétaire. Dans ce contexte, la mise en œuvre du plan de redressement suscite naturellement des attentes, des espoirs mais aussi une exigence de résultats rapides. Les Sénégalais veulent voir un Etat qui travaille, qui produit et qui rassure.
Mais au lieu d’accompagner ce moment par des contributions sérieuses, certains occupent l’espace public à coups de commentaires permanents, de pseudo-analyses juridiques ou institutionnelles et de polémiques sans fin sur la procédure d’urgence ou les rapports internes au pouvoir. Comme si l’essentiel se jouait désormais dans les plateaux, les statuts Facebook ou les sorties médiatiques calculées.
La réalité est pourtant simple : le Sénégal ne peut pas se permettre une paralysie politique permanente. Le pays doit tenir debout économiquement. C’est cela la priorité historique du moment. Les populations attendent des mesures concrètes, pas des concours de commentaires politiques.
Le paradoxe est que le Président de la République, contre toute attente, a lui-même choisi de descendre dans l’arène politique quotidienne. Ce choix modifie naturellement les équilibres. Mais il révèle aussi une faiblesse plus profonde : l’incapacité apparente de sa coalition à exister politiquement par elle-même. Faute d’une structuration forte, d’une doctrine claire et d’un leadership collectif visible, l’espace est occupé par des individualités dispersées, des “singletons” politiques qui espèrent exister grâce au décret présidentiel, à une nomination ou à une proximité supposée avec le sommet de l’Etat.
Dès lors, certains prennent la parole de manière intempestive, souvent moins pour défendre une ligne politique cohérente que pour signaler leur disponibilité à un poste ou à une position. Cette personnalisation excessive du débat public finit par produire un bruit permanent qui fatigue les citoyens. Elle brouille les priorités nationales et contribue à éloigner davantage les populations des élites politiques.
Or, un pays ne se redresse pas dans le vacarme des calculs individuels. Il se redresse dans le travail, la discipline collective et la clarté stratégique. Le Sénégal a besoin d’une respiration politique, d’un recentrage sur les questions économiques et sociales, et surtout d’acteurs capables de comprendre que l’heure n’est pas à la compétition pour les strapontins mais à la consolidation de l’Etat et de l’économie.
Les populations jugeront moins les discours que les résultats : prix des denrées, emploi des jeunes, stabilité monétaire, énergie, industrialisation, pouvoir d’achat, souveraineté alimentaire. Le reste apparaît de plus en plus comme une agitation périphérique.