Par Mamadou Sèye
Un gouvernement peut disposer des meilleurs curriculum vitae du monde. Il peut aligner des experts, des technocrates, des gestionnaires réputés. Mais dans une démocratie, un gouvernement ne vit pas seulement de compétences. Il vit aussi d’une légitimité politique, d’un ancrage populaire, d’une force militante et d’une vision portée par une majorité organisée.
Ce qui est aujourd’hui proposé aux Sénégalais ressemble davantage à une administration de circonstance qu’à une équipe politique portée par une dynamique collective.
Pendant plus de trois ans, le peuple sénégalais a entendu parler d’un Projet. Ce Projet avait un nom, des porte-parole, des militants, des prisonniers, des martyrs, des meetings, des sacrifices. Il avait surtout un moteur politique clairement identifié. C’est cette force qui a porté l’alternance et suscité une espérance sans précédent chez une grande partie de la population.
Or, à mesure que les lignes de fracture se sont approfondies, une réalité s’impose : beaucoup de responsables associés à cette aventure politique ont choisi de ne pas accompagner la nouvelle séquence ouverte par le Président Diomaye Faye. Certains l’ont dit publiquement. D’autres ont simplement décliné les sollicitations.
Le résultat est visible : le chef de l’Etat se retrouve confronté à une équation redoutable. Gouverner sans l’appareil politique qui a porté l’alternance est un exercice infiniment plus complexe que gagner une élection.
Car un Président isolé est toujours vulnérable.
Il lui faut désormais construire une majorité de soutien alors même que sa coalition apparaît limitée en termes de mobilisation et d’implantation. Dans les moments de prospérité, cette faiblesse peut être masquée. Mais lorsque surgissent les difficultés économiques, les tensions sociales ou les arbitrages douloureux, l’absence de relais politiques devient un handicap majeur.
L’autre défi est celui de la perception populaire.
Les images comptent en politique. Les symboles aussi. Dans un contexte où le pays traverse des inquiétudes économiques réelles, chaque absence, chaque hésitation, chaque maladresse est observée, commentée et parfois amplifiée.
Plus fondamentalement, la question qui se pose désormais est simple : qui porte politiquement le pouvoir ?
Un gouvernement peut administrer. Seule une force politique peut mobiliser.
Un gouvernement peut gérer. Seule une organisation militante peut défendre les réformes sur le terrain.
Un gouvernement peut communiquer. Seule une base populaire peut absorber les chocs et maintenir la confiance lorsque les résultats tardent à venir.
C’est toute la différence entre l’exercice du pouvoir et la conquête du pouvoir.
L’histoire politique est remplie de dirigeants qui ont cru que la légitimité institutionnelle suffisait. Ils ont découvert parfois brutalement qu’une majorité électorale n’est jamais acquise et qu’un appareil politique ne se remplace pas du jour au lendemain.
Aujourd’hui, le défi du Président Diomaye Faye n’est plus seulement de former un gouvernement. Il est de démontrer qu’il dispose encore d’une force politique capable de soutenir son action, d’assumer ses choix et de porter un cap.
Car lorsqu’un pouvoir perd son ancrage politique, il risque de perdre progressivement son souffle. Et lorsqu’un gouvernement n’a plus derrière lui une force capable de le défendre, de l’expliquer et de le porter, il devient une simple addition de ministres.
Or un peuple n’élit pas une addition de ministres.
Il élit une espérance.