L’épreuve du terrain

Par Mamadou Sèye

Sans qu’il s’agisse d’une attaque personnelle, le lancement du nouveau parti du Président de la République a mis en lumière une évidence : l’autorité institutionnelle ne se transforme pas automatiquement en adhésion populaire.

Le discours prononcé au King Fahd Palace n’a pas produit l’effet mobilisateur qu’on pouvait attendre d’un chef de l’Etat lançant sa propre formation politique. Orateur sobre, Bassirou Diomaye Faye peine encore à imprimer cette force de conviction qui fait les grands rassembleurs.

L’organisation de l’événement a, elle aussi, laissé une impression de retenue. Les retransmissions télévisées ont privilégié les gros plans sur les intervenants, avec très peu de vues d’ensemble de la salle. Ce choix de réalisation n’a pas échappé aux observateurs et a alimenté les commentaires.

Sur les plateformes numériques, les audiences enregistrées pendant la diffusion sont elles aussi restées modestes. Pour une première sortie d’un parti présidentiel, beaucoup espéraient une démonstration de force plus convaincante.

Pendant ce temps, un autre phénomène se déroulait aux quatre coins du pays. De Tambacounda à Thiès, de Bargny à Koussanar, des militants de PASTEF continuaient à affluer pour acquérir leur carte de membre. Cette mobilisation, observée dans plusieurs localités, rappelait qu’une dynamique militante se construit dans la durée et ne dépend pas uniquement de l’exercice du pouvoir.

Pour la première fois depuis son accession à la magistrature suprême, le Président semble chercher à bâtir une identité politique qui lui soit propre. C’est un choix légitime. Mais en politique, l’adhésion ne se décrète pas : elle se conquiert, se nourrit de présence sur le terrain et se mesure à la capacité de convaincre.

Au-delà des discours, une seule chose permettra d’apprécier le poids réel des différentes forces politiques : le verdict des urnes. Les élections locales doivent se tenir à la date prévue. Si, en décembre prochain, le Président choisit d’exercer son pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale, il devra, conformément aux dispositions en vigueur, fixer simultanément la date des élections législatives.

C’est ainsi que fonctionne une démocratie : chacun est libre de créer son parti, de mobiliser ses militants et de défendre son projet. Mais, au bout du compte, ce sont les citoyens qui arbitrent.

Dans le même esprit, les tentatives de disqualification par des dossiers montés contre des candidats, les entraves administratives injustifiées ou le zèle de certains représentants de l’Etat doivent cesser. L’administration n’a pas vocation à orienter la compétition politique ; elle doit en garantir l’équité.

La démocratie sénégalaise n’a rien à gagner dans les manœuvres. Elle se renforcera si tous les acteurs acceptent une règle simple : la seule légitimité durable est celle que confèrent librement les électeurs, dans des élections transparentes, apaisées et régulières.

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