Par Boudy Tall Diaw , Présidente du cercle des convergences
–Une candidature qui dépasse un homme et interroge la capacité de l’Afrique à parler d’une seule
voix
Le monde change. Les équilibres géopolitiques se redessinent, les puissances traditionnelles sont
contestées, et les crises climatiques, économiques et sécuritaires rappellent chaque jour qu’aucun
État ne peut plus agir seul.
Dans ce nouvel ordre mondial, une évidence s’impose : l’Afrique n’est plus un continent d’avenir.
Elle est un continent du présent.
Pourtant, une question demeure : sommes-nous réellement prêts à assumer la place que nous
revendiquons ?
La candidature de l’ancien Président de la République du Sénégal, Macky Sall, au poste de
Secrétaire général des Nations Unies dépasse largement le destin d’un homme. Elle constitue un
test pour le Sénégal, pour les États africains, pour les diasporas, et surtout pour notre capacité
collective à transformer un discours sur l’unité africaine en une réalité politique et diplomatique.
C’est cette réflexion que le Cercle des Convergences souhaite porter aujourd’hui. Car notre
vocation n’est pas de commenter l’actualité. Notre mission est d’en révéler le sens.
Le Cercle des Convergences : construire des ponts là où d’autres voient des frontières
Le Cercle des Convergences est né d’une conviction simple : les grands défis du XXI■ siècle ne
seront relevés ni par les États isolés, ni par les intérêts particuliers, mais par les convergences
entre l’Afrique et l’Europe, entre les territoires et leurs diasporas, entre entrepreneurs,
universitaires, diplomates, responsables publics, investisseurs, jeunes talents et sociétés civiles.
Notre ambition est de faire émerger une diplomatie des solutions, où les intérêts communs
prennent le pas sur les rivalités. C’est dans cet esprit que la candidature de Macky Sall mérite
d’être regardée avec hauteur.
Au-delà de Macky Sall, c’est l’Afrique qui se présente.
Chacun est libre, et la démocratie l’exige, de porter un regard critique sur le bilan politique de
l’ancien Président sénégalais. Les autorités actuelles lui reprochent notamment la répression des
manifestations qui ont fait des dizaines de morts entre 2021 et 2024, ainsi que la dissimulation de
chiffres importants sur la dette publique — des accusations qu’il conteste, mais qui pèsent
aujourd’hui sur sa candidature. Ce débat est légitime et ne doit pas être esquivé.
Il faut d’ailleurs le noter avec lucidité : cette candidature n’a pas été portée par Dakar. C’est le
Burundi, présidant l’Union africaine pour l’exercice 2026, qui l’a officiellement présentée en mars,
sans le soutien des autorités sénégalaises elles-mêmes. Et lorsque le projet de décision de l’UA a
été soumis aux cinquante-cinq États membres selon la procédure d’approbation tacite, une
vingtaine d’entre eux s’y sont opposés — empêchant l’Union africaine d’apporter un soutien
institutionnel unifié à l’un des siens.
Mais lorsqu’un ancien chef d’État africain, fort d’une expérience reconnue au sein de l’Union
africaine et des grandes instances internationales, ambitionne de diriger l’Organisation des Nations
Unies, une autre question se pose, qui dépasse le seul bilan national : que représente réellement
cette candidature ?
Cette candidature incarne un continent qui réclame depuis des décennies une représentation plus
juste au sein des institutions internationales. Elle porte également la voix d’une Afrique qui souhaite
être pleinement entendue lorsqu’il est question de paix, de climat, de dette, de développement ou
de sécurité alimentaire
Elle représente aussi des millions d’Africains vivant hors du continent : cette diaspora qui investit,
qui entreprend, qui innove, qui relie les continents.
Cette candidature n’appartient donc pas uniquement au Sénégal. Elle appartient à cette Afrique qui
aspire à peser davantage dans les grandes décisions mondiales.
Le paradoxe africain
Pourtant, un paradoxe demeure, chaque fois qu’une opportunité historique semble se présenter,
les mêmes mécanismes réapparaissent : rivalités, divisions, calculs nationaux, ambitions
personnelles, coups bas.
Nous demandons davantage de place dans les institutions internationales. Mais savons-nous
soutenir nos propres ambitions lorsqu’elles émergent ? Nous dénonçons les déséquilibres de la
gouvernance mondiale. Mais sommes-nous capables de construire une gouvernance africaine
fondée sur la confiance et la solidarité ?
La véritable question est peut-être celle-ci : à quel moment l’Afrique choisira-t-elle enfin de
privilégier l’intérêt collectif plutôt que les intérêts particuliers ? Car aucune réforme des Nations
Unies ne remplacera notre propre capacité à faire bloc lorsque les circonstances l’exigent.
Le Sénégal, une responsabilité particulière, Bassirou Diomaye Faye, ou le choix du collectif
Le Sénégal occupe depuis longtemps une place singulière dans la diplomatie africaine : terre de
dialogue, terre de stabilité, terre de médiation. Cette tradition dépasse les alternances politiques :
elle constitue un véritable patrimoine national
C’est pourquoi cette candidature mérite d’être abordée avec la hauteur que réclament les enjeux
internationaux. Il ne s’agit pas seulement d’une candidature individuelle. Il s’agit d’un moment où le
Sénégal peut rappeler au monde son rôle historique dans la diplomatie africaine.
C’est dans cet esprit qu’il faut lire l’audience que le Président Bassirou Diomaye Faye accordera à
son prédécesseur le 17 juillet 2026 au Palais de la République, leur première rencontre officielle
depuis la passation de pouvoir d’avril 2024. Le contexte politique intérieur, marqué par des tensions
persistantes, aurait pu inciter à l’esquive. Il n’en a rien été.
En recevant Macky Sall, alors que Dakar n’avait jusque-là formulé aucun soutien officiel à sa
candidature, le Chef de l’État a fait un choix qui dépasse la courtoisie républicaine. Il a placé la
continuité de l’État et l’intérêt diplomatique du Sénégal au-dessus des clivages partisans et des
rancœurs politiques.
C’est, en cela, un geste qui s’inscrit dans la lignée du legs de Senghor : celle d’un d’un État capable
de faire primer le dialogue, la continuité institutionnelle et la raison d’État sur les clivages politiques.
Ce n’est pas hasard si cette tradition traverse les régimes. De Senghor à Diomaye Faye, en
passant par tous ses successeurs, le Sénégal a cultivé cette capacité rare à faire cohabiter la
contestation démocratique et le sens de l’État. En recevant celui que son propre camp a longtemps
combattu, le Président rappelle que la diplomatie sénégalaise ne se construit pas contre les
hommes, mais au service d’une vision : celle d’un pays qui pèse dans le monde parce qu’il sait, le
moment venu, dépasser ses divisions internes.
C’est précisément ce que le Cercle des Convergences appelle de ses vœux à l’échelle du continent
: que l’intérêt collectif l’emporte, même et surtout quand il est le plus difficile à assumer.
L’Europe et ses diasporas : le temps des convergences
Le Cercle des Convergences défend une conviction simple : l’avenir de l’Afrique ne se construira ni
contre l’Europe, ni dans une relation de dépendance, mais dans un partenariat d’égal à égal fondé
sur la confiance, la réciprocité et les intérêts communs.
Cette vision rejoint l’évolution du discours porté ces dernières années par le Président Emmanuel
Macron, qui a progressivement fait évoluer la relation entre la France et l’Afrique vers une logique
de partenariat, de co-construction et de respect mutuel.
À plusieurs reprises, il a également souligné le rôle essentiel des diasporas, considérées non plus
comme un sujet de politique migratoire, considérées non plus comme un simple sujet de politique
migratoire ou une simple source de transferts financiers, mais comme un véritable levier
stratégique de rapprochement entre les deux continents
Cette évolution trouve un écho particulier dans les dernières élections locales françaises, qui ont vu
plusieurs élus issus des diasporas africaines accéder à la fonction de maire. Leur parcours illustre
l’émergence d’une génération capable de comprendre à la fois les réalités africaines et les enjeux
européens, et de faire le lien entre les territoires, les institutions et les citoyens des deux rives.
Au-delà de ces élus, des milliers d’entrepreneurs, de chercheurs, de cadres dirigeants,
d’investisseurs, d’universitaires et de responsables associatifs participent chaque jour au
développement de cette communauté de destin entre l’Afrique et l’Europe. Parce qu’ils connaissent
les deux continents, leurs cultures, leurs réalités économiques et leurs institutions, ils disposent
d’une capacité unique à créer de la confiance, à favoriser les investissements, à accélérer les
transferts de compétences et à construire des partenariats durables.
C’est précisément cette intelligence des deux mondes que le Cercle des Convergences souhaite
fédérer. Notre ambition est de faire de la diaspora non pas une périphérie de la relation entre
l’Afrique et l’Europe, mais l’un des principaux moteurs stratégiques de cette relation. Car les
diasporas incarnent mieux que quiconque les convergences que nous appelons de nos vœux :
elles démontrent chaque jour qu’une double appartenance n’est pas une contradiction, mais une
richesse capable de rapprocher les peuples, de créer des opportunités et de construire des ponts là
où d’autres continuent de voir des frontières.
Le temps des convergences
La candidature de Macky Sall est une opportunité ; elle est peut-être davantage encore : un
révélateur, elle nous oblige à regarder au-delà des personnes, au-delà des appartenances
politiques, au-delà des frontières.
Elle nous oblige à répondre à une question essentielle : sommes-nous prêts à faire de chaque
réussite africaine une victoire collective ?
Les Nations Unies poursuivront leur évolution. Les grandes puissances continueront de défendre
leurs intérêts. La seule question est de savoir si l’Afrique décidera enfin de défendre les siens avec
la même détermination.
Au Cercle des Convergences, nous faisons un choix : celui du dialogue plutôt que de la division,
des partenariats plutôt que des oppositions, des convergences plutôt que des fractures.
Car nous sommes convaincus d’une chose : le jour où l’Afrique apprendra à soutenir ses ambitions
communes avec la même détermination que les autres continents, elle ne demandera plus une
place à la table des grandes nations ; elle y siègera naturellement.
Une magnifique exègèse de la situation géopolitique actuelle.La problématique est bien posée et des axes de réflexion fixés avec des pistes strategiques potentielles pour faire de notre Continent le Phare du Monde en s’unissant autour de l’essentiel et soutenant ses enfants pour agir efficacement sur l’echelle globale.
Félicitations pour ce magnifique travail