Diomaye dans l’engrenage: comment le Président s’est trouvé prisonnier de sa propre stratégie politique

Par Mamadou Sèye

En politique, il existe des moments où chaque décision semble ouvrir davantage de problèmes qu’elle n’en résout. C’est peut-être la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui le Président Bassirou Diomaye Faye.

En limogeant Ousmane Sonko de la Primature, le chef de l’Etat semblait vouloir reprendre la maîtrise de son destin politique. Mais la suite des événements a produit un effet presque inverse.

Loin d’être marginalisé, Ousmane Sonko a immédiatement rebondi. Fort de la majorité parlementaire de son camp, il est devenu président de l’Assemblée nationale, prenant la tête de la deuxième institution de la République. Quelques jours plus tard, le congrès de PASTEF l’a réélu à l’unanimité à la présidence du parti. Autrement dit, celui qui devait perdre son principal levier institutionnel s’est retrouvé renforcé sur les plans politique, partisan et parlementaire.

Dans le même temps, le président Diomaye Faye a choisi une autre voie. Après la création laborieuse de sa coalition, il a annoncé la naissance de son propre parti politique le 8 août prochain . Cette décision marque une rupture assumée avec le schéma politique qui avait porté le tandem Diomaye-Sonko au pouvoir.

Mais c’est précisément là que commence un engrenage dont les contours restent encore incertains.

Créer un parti est une chose. Lui donner une base électorale solide, des cadres, des élus locaux, une implantation nationale et une identité politique en est une autre. Or les élections locales approchent à grands pas et le temps politique est particulièrement court. Dans cette course contre la montre, le Président semble chercher à élargir son espace politique.

C’est dans cette logique que beaucoup analysent deux séquences particulièrement commentées.

La première est l’audience annoncée avec Macky Sall. Officiellement, l’ancien Président viendrait solliciter le soutien du Sénégal dans le cadre de sa candidature aux Nations unies. Mais en politique, les symboles comptent souvent autant que les explications officielles. Pour Macky Sall, revenir au Sénégal, ne serait-ce que quelques heures, constitue déjà un événement politique majeur.

La seconde est le déplacement présidentiel à Doha. L’accueil du chef de l’Etat par Karim Wade, lui-même absent du Sénégal depuis de longues années, intervient au lendemain d’une rencontre entre Karim Wade et Macky Sall dans la capitale qatarie. Là encore, les images alimentent les interrogations et les interprétations bien au-delà des discours officiels.

Pris séparément, chacun de ces événements peut trouver sa justification. Mis bout à bout, ils dessinent cependant une impression de recomposition politique accélérée, où le Président semble vouloir ratisser bien au-delà de son socle initial.

Mais la politique n’est pas seulement affaire de stratégie. Elle est aussi une question de perception.

Or c’est précisément sur ce terrain que les difficultés apparaissent. Une partie de l’opinion peine à lire la cohérence de la nouvelle trajectoire présidentielle. Les symboles se succèdent, les alliances supposées alimentent les débats, tandis que les attentes qui avaient accompagné l’alternance demeurent fortes.

Le décès, hier, du président de l’association des victimes et martyrs des événements politiques passés ajoute une dimension émotionnelle au moment. Pour beaucoup de Sénégalais, cette disparition ravive le souvenir des sacrifices consentis durant les années de confrontation politique et renforce le sentiment d’une période de profond bouleversement.

Dans ce paysage mouvant, une constante demeure : Ousmane Sonko. écarté du gouvernement, il conserve le contrôle de son parti, dirige l’Assemblée nationale et reste, pour ses partisans comme pour ses adversaires, l’acteur central autour duquel continue de s’organiser une grande partie de la vie politique.

L’histoire dira si Bassirou Diomaye Faye est en train de construire un nouvel équilibre politique ou s’il s’est engagé dans une séquence où chaque initiative réduit un peu plus sa marge de manœuvre. Une chose est sûre : les prochaines élections locales constitueront le premier véritable test de cette nouvelle architecture du pouvoir. Elles permettront de mesurer si la stratégie présidentielle répond à une logique gagnante ou si elle a placé le chef de l’Etat dans un engrenage dont il sera difficile de sortir.

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