La grande recomposition : le dernier mot appartient au peuple

Par Mamadou Sèye

Le Sénégal est entré dans une nouvelle séquence politique. La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko n’est plus un simple différend entre deux hommes. Elle constitue le point de départ d’une profonde recomposition dont les effets dépasseront largement les deux protagonistes.

Si, comme annoncé, le Président de la République crée son propre parti le 8 août prochain, une nouvelle étape sera franchie. Le chef de l’Etat ne cherchera plus seulement à gouverner ; il ambitionnera de disposer de sa propre base politique, distincte de celle de Pastef. Ce sera un tournant majeur.

Autour de cette nouvelle donne, quatre pôles se dessinent. Diomaye Faye veut construire sa légitimité politique. Ousmane Sonko demeure le leader de Pastef et l’un des principaux centres de gravité de la vie politique nationale. Macky Sall, que beaucoup croyaient hors jeu, retrouve un espace politique à la faveur des nouvelles fractures. Quant à Karim Wade, il voit dans cette redistribution des cartes une occasion de redevenir un acteur majeur.

Mais, au-delà des stratégies des uns et des autres, une question essentielle se pose : à qui appartient l’héritage politique du 24 mars ?

Le peuple sénégalais a voté ce jour-là pour une rupture, une espérance et un projet de transformation. Ce vote ne peut être confisqué par aucun camp ni interprété comme le patrimoine exclusif d’un parti ou d’un dirigeant. Il appartient aux citoyens qui l’ont exprimé.

C’est pourquoi la recomposition en cours ne trouvera sa véritable légitimité que dans le respect absolu des règles démocratiques.

Le Sénégal a payé un prix élevé lorsque la compétition politique s’est accompagnée de controverses sur l’exclusion de certains candidats. Ces épisodes ont laissé des blessures profondes et alimenté des tensions dont le pays mesure encore les conséquences.

L’avenir impose donc une exigence simple : que les prochaines échéances se déroulent dans des conditions où les citoyens puissent choisir librement entre les différents projets politiques, dans le respect des règles de droit et des institutions. Une démocratie forte repose sur des élections crédibles, une justice indépendante et une confiance partagée dans les règles du jeu.

La véritable victoire ne sera pas celle de Diomaye, de Sonko, de Macky ou de Karim. Elle sera celle d’une démocratie capable de faire accepter le verdict des urnes parce que chacun aura eu le sentiment d’avoir concouru selon les mêmes règles.

Les partis naîtront, les alliances se feront et se défairont, les ambitions s’affirmeront. C’est la vie normale d’une démocratie.

Mais une règle doit demeurer intangible : dans une République, ce ne sont ni les états-majors, ni les calculs politiques, ni les rapports de force qui doivent désigner le vainqueur.

Le dernier mot appartient toujours au peuple.

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