Sadio Mané, Bambali et cette liberté que certains voudraient lui retirer

Il y a des images qui racontent un pays mieux que de longs discours. Celles qui nous viennent aujourd’hui de Bambali en font partie.

Toute la Casamance semble s’être donné rendez-vous dans le village natal de Sadio Mané. L’enfant de Bambali, devenu l’une des plus grandes figures du football mondial, y pose une nouvelle pierre, cette fois pour un projet agro-industriel de 11,7 milliards de francs CFA, destiné notamment à transformer la production de mangues, à créer des emplois et à donner davantage de valeur aux productions locales. Le projet SM10 Agro prévoit 500 hectares de manguiers et plus de 1 000 emplois directs dès son démarrage.

Mais Bambali ne découvre pas aujourd’hui Sadio Mané.

Avant les milliards de l’agro-industrie, il y avait déjà le lycée, le centre de santé, la station-service, des équipements et les soutiens apportés aux familles de son village. L’hôpital, financé par le footballeur, dessert notamment plusieurs dizaines de villages environnants.

Sadio Mané n’a donc pas attendu d’être sollicité par l’Etat pour se souvenir de Bambali.

Il n’a pas davantage attendu une fonction, une nomination ou une proximité avec un pouvoir politique pour agir. Il a simplement fait ce que beaucoup de grandes fortunes africaines pourraient faire davantage : revenir vers leur terre, investir et partager.

Et c’est précisément là que l’épisode d’aujourd’hui prend une dimension particulière.

Pour cette cérémonie, Sadio Mané a choisi de faire d’Ousmane Sonko son invité d’honneur. Les images de leur rencontre, comme celles de l’accueil réservé au président de Pastef en Casamance, circulent abondamment. La ferveur populaire est manifeste.

Pourquoi faudrait-il donc chercher un problème là où il n’y en a peut-être aucun ?

Sadio Mané est un homme libre.

Il n’est connu pour aucune appartenance politique. Il n’a pas besoin de la politique pour exister. Il n’a pas besoin d’un président de la République, d’un Premier ministre ou d’un parti pour financer ses ambitions. Sa carrière, ses revenus, son patrimoine et surtout ses réalisations parlent pour lui.

Il est parti de très loin. Il connaît la pauvreté dont il vient. Il sait ce que signifie grandir dans un environnement où les opportunités sont rares. Puis, à force de travail, de talent et de persévérance, il s’est hissé jusqu’au sommet du football mondial.

Dieu et ses propres efforts l’ont placé dans une situation où il peut désormais décider lui-même de ce qu’il veut faire de sa réussite.

Il peut donc avoir de l’estime pour un homme politique. Il peut recevoir un Président. Il peut inviter un Premier ministre. Il peut apprécier un responsable politique. Il peut même entretenir avec lui une relation personnelle.

Cela ne fait pas automatiquement de lui un militant.

Et surtout, cela ne regarde que lui.

Il faut parfois savoir laisser aux hommes leur part de liberté, de sensibilité et de subjectivité. Sadio Mané n’est pas seulement un footballeur célèbre. C’est aussi un homme, avec ses convictions, ses affinités, ses émotions et ses choix.

Son parcours impose d’ailleurs une certaine retenue à ceux qui seraient tentés de lui donner des leçons.

L’homme qui a offert à son village des infrastructures dont beaucoup de collectivités auraient rêvé n’a pas besoin d’autorisation pour choisir ses invités.

Il faut aussi regarder ce qui se passe derrière les images.

Avec SM10 Agro, Sadio Mané franchit une nouvelle étape : après la solidarité, il passe à l’investissement productif. Il ne s’agit plus seulement de construire une infrastructure ou d’apporter une aide ponctuelle. Il s’agit de créer une activité économique, de transformer sur place, de former, d’employer et de faire en sorte que la richesse agricole de la Casamance profite davantage à ceux qui la produisent.

C’est peut-être cela, finalement, le plus beau message de Bambali.

Un enfant du terroir qui a connu les chemins difficiles de l’exil sportif revient chez lui avec autre chose que des souvenirs et des trophées. Il revient avec du capital, des projets et la volonté de construire.

Quant aux états d’âme de ceux qui voudraient lui expliquer qui il devrait recevoir ou ne pas recevoir, ils peuvent bien attendre.

Sadio Mané, lui, continue son chemin.

Et aujourd’hui, à Bambali, toute une région semble lui rappeler une chose essentielle : on n’oublie pas celui qui n’a pas oublié d’où il vient.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *