Sonko, l’homme que le bruit ne suffit plus à faire tomber

Par Mamadou Sèye

Ousmane Sonko a longtemps été présenté comme un problème à résoudre.

Lorsqu’il était dans l’opposition, on lui prêtait toutes sortes d’intentions, on lui attribuait toutes sortes de fautes et on lui adressait toutes sortes d’invectives. Lorsqu’il est devenu Premier ministre, les attaques n’ont pas cessé. Elles ont même parfois pris une tournure plus violente, sans que cela produise l’effet politique attendu.

Aujourd’hui qu’il est président de l’Assemblée nationale, la mécanique semble avoir changé de forme sans changer de nature.

Terrorisme, mœurs, accusations diverses : tout semble désormais pouvoir être versé dans le dossier Sonko. Et lorsque l’accusation ne suffit plus, certains vont jusqu’à lui demander de saisir lui-même la justice pour démontrer son innocence.

Voilà une étrange conception de l’Etat de droit : celui qui accuse serait dispensé d’apporter la preuve, tandis que celui qui est accusé devrait courir devant la justice pour démontrer qu’il n’a rien fait.

Mais au-delà des accusations, une autre réalité est en train de s’installer dans le paysage politique sénégalais.

Ousmane Sonko parle moins. Son parti, lui, travaille.

C’est probablement la nouveauté majeure de la période.

Depuis son accession à la présidence de l’Assemblée nationale, le leader de PASTEF donne moins de prise à la polémique quotidienne. Il appelle régulièrement ses partisans à ne pas répondre aux provocations et à ne pas céder aux pièges de la confrontation.

Pendant ce temps, son parti s’organise.

Congrès, structuration des bases, implantation territoriale, campagne de vente des cartes de membre : PASTEF est entré dans une phase qui ressemble davantage à celle d’un parti qui cherche à consolider durablement son implantation qu’à celle d’un mouvement simplement occupé à conquérir le pouvoir. Le parti a officiellement lancé sa nouvelle campagne de cartes en juillet et affiche désormais des objectifs de massification et de structuration à l’échelle nationale et de la diaspora.

C’est précisément cette évolution qui mérite d’être regardée.

Car un homme politique peut être bruyant et fragile. Il peut aussi devenir silencieux et redoutablement organisé.

La politique ne se résume pas aux déclarations télévisées, aux meetings ou aux polémiques sur les réseaux sociaux. Elle se joue aussi dans les cellules, les communes, les départements, les adhésions, la formation militante, l’organisation et la capacité à durer.

C’est peut-être là que se trouve aujourd’hui le véritable enjeu.

Sonko n’est plus seulement le tribun de l’opposition que l’on pouvait combattre à coups de déclarations. Il est devenu le président de l’Assemblée nationale, le leader d’un parti majoritaire au Parlement et le responsable d’une formation qui travaille désormais à transformer sa popularité politique en organisation durable.

Alors certains semblent avoir compris que le problème était devenu plus difficile.

Si Sonko pouvait être battu par les urnes, la démocratie offrirait le moyen le plus simple de le battre : présenter un autre projet, convaincre davantage de Sénégalais et gagner une élection.

Mais si l’on considère qu’il ne peut pas être battu dans les urnes, alors commence une autre tentation : chercher ailleurs les moyens de l’empêcher d’arriver jusqu’au suffrage.

C’est là que la démocratie devient vulnérable.

Car une accusation n’est pas une condamnation. Une polémique n’est pas une preuve. Une rumeur n’est pas un jugement. Et la justice ne peut devenir l’instrument des compétitions politiques.

Il faut laisser aux institutions leur rôle et au peuple son pouvoir d’arbitrage.

Ces dernières semaines, les controverses autour de Sonko ont montré à quel point la frontière peut devenir fragile entre le débat politique, l’accusation publique et la procédure judiciaire. Une enquête a notamment été ouverte à la suite d’une plainte concernant des propos attribués au président de l’Assemblée nationale sur Touba. Cela relève désormais des institutions compétentes et doit être traité comme tel.

Mais précisément : laissons donc la justice faire son travail.

Ni les réseaux sociaux, ni les plateaux de télévision, ni les officines politiques ne peuvent se substituer aux magistrats.

Car le danger ne réside pas seulement dans ce qui pourrait être fait contre Sonko. Il réside dans le précédent que créerait une démocratie où l’on chercherait à éliminer un adversaire par d’autres voies que celle du suffrage.

Sonko lui-même semble avoir compris cette nécessité. Il appelle ses partisans à ne pas céder à la provocation. Il affirme que les institutions doivent continuer à fonctionner normalement et que l’Assemblée nationale doit exercer ses prérogatives dans le cadre constitutionnel.

C’est probablement la seule réponse qui vaille.

Aux accusations, répondre par le droit.

Aux provocations, répondre par la politique.

Aux campagnes de déstabilisation, répondre par l’organisation.

Et, au bout du compte, au peuple de trancher.

Car le Sénégal a changé.

Ce peuple qui a vécu les grandes confrontations politiques de ces dernières années n’est plus un peuple auquel on peut facilement raconter n’importe quelle histoire. Il regarde, compare, écoute et tire ses propres conclusions.

Il ne demande pas que Sonko soit protégé contre la justice. Il ne demande pas davantage qu’il soit protégé contre la critique.

Il demande simplement que les mêmes règles s’appliquent à tous.

Si Ousmane Sonko a commis une infraction, que la justice établisse les faits et dise le droit. S’il n’en a pas commis, qu’on le laisse poursuivre son combat politique.

Mais ce qui ne saurait être accepté, c’est que l’on tente de fabriquer artificiellement ce que les urnes ne permettraient pas d’obtenir.

Parce que, dans une démocratie, il existe une règle élémentaire : on ne choisit pas son adversaire.

On le combat.

On le critique.

On lui oppose un autre projet.

Et si l’on veut le faire disparaître politiquement, on convainc les électeurs de ne plus voter pour lui.

Le reste appartient à une autre histoire. Et cette histoire-là, le Sénégal n’a aucun intérêt à la réécrire.

La nouvelle donne est finalement assez simple : Ousmane Sonko peut être contesté, critiqué, combattu. PASTEF peut être attaqué sur son bilan, son programme ou ses choix. Le pouvoir peut être discuté et remis en cause.

Mais tout cela doit se faire dans l’espace démocratique.

Car si certains pensent que Sonko est devenu le « danger numéro un » pour ce qu’ils appellent le système, qu’ils répondent donc à ce danger par la seule arme qui vaille en démocratie : le suffrage des Sénégalais.

C’est le peuple qui doit décider.

Pas les rumeurs.

Pas les dossiers fabriqués.

Pas les coups fourrés.

Pas les campagnes de déstabilisation.

Le peuple, tout simplement.

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