Détente-Malades , attention à internet!

Par Mamadou Sèye

Il fut un temps où, lorsqu’on était malade, on allait voir le médecin. A défaut, on demandait conseil à quelqu’un de la famille qui avait déjà connu le même mal. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus simple : on prend son téléphone, on ouvre Internet et on attend que docteur Google, professeur TikTok ou spécialiste Facebook nous explique ce dont nous souffrons.

Et là, commence l’aventure.

Vous avez mal au ventre ? Une vidéo vous explique que c’est probablement votre alimentation. Une deuxième vous révèle que votre intestin est « plein de toxines ». Une troisième vous apprend qu’il suffit de boire une préparation dont la composition ressemble à celle d’un laboratoire clandestin pour retrouver une santé de fer.

Vous avez du diabète ? Alors là, camarade, bon courage !

Une vidéo vous recommande le moringa. Une autre vous explique que le moringa est extraordinaire. Une troisième vous dit de ne surtout pas abandonner votre traitement médical pour le remplacer par des plantes. Et une quatrième arrive tranquillement pour vous expliquer que les médecins vous cachent la vérité depuis des années.

Le pauvre malade ne sait plus à quel saint se vouer.

Et ce n’est pas fini.

Aujourd’hui, tel aliment est présenté comme miraculeux. Demain, il devient presque un poison. Le citron était formidable hier ; aujourd’hui, il faut s’en méfier. Le café protège ceci, mais menace cela. Le gingembre est extraordinaire, sauf dans certaines circonstances. Le lait est indispensable, sauf si vous avez tel problème. Le riz est à éviter, mais pas toujours. Le fruit est recommandé, mais attention au sucre.

Et pendant ce temps, le malade regarde son téléphone avec l’air grave d’un ministre devant un rapport de la Cour des comptes.

Le plus extraordinaire, c’est l’assurance avec laquelle certains donnent leurs conseils.

Pas de « peut-être ». Pas de « cela dépend ». Pas de « demandez à votre médecin ». Non !

« Prenez ceci pendant sept jours et vous verrez ! »

« Éliminez complètement cela ! »

« Ce médicament détruit vos reins ! »

« Cette plante nettoie le foie ! »

« Ce produit soigne définitivement le diabète ! »

Et parfois, la même personne vous explique dans une vidéo qu’il faut absolument faire quelque chose avant de publier, quelques semaines plus tard, une autre vidéo dans laquelle elle vous explique exactement le contraire.

Internet ne tombe jamais malade. Internet ne doute jamais. Internet ne reconnaît jamais ses erreurs.

Le malade, lui, peut mourir de confusion.

Il faut dire que les réseaux sociaux ont créé une catégorie professionnelle nouvelle : le spécialiste de tout.

Il connaît le diabète, l’hypertension, les reins, le foie, la prostate, les articulations, les vitamines, les plantes médicinales, le sommeil, la sexualité, la tension artérielle et même les maladies que la médecine moderne n’aurait pas encore découvertes.

Il suffit parfois de regarder cinq minutes de vidéo pour avoir droit à une consultation complète.

Et le plus étonnant est que nous sommes nombreux à nous laisser prendre au jeu.

Pourquoi ?

Parce que la vidéo parle directement à nous. Elle utilise des mots simples. Elle raconte l’histoire d’une personne qui « avait exactement le même problème ». Elle montre parfois une photographie avant-après. Elle cite un « médecin américain », un « professeur africain » ou une mystérieuse « étude japonaise ».

Et nous voilà convaincus.

La vidéo suivante nous convaincra du contraire.

Et nous serons encore convaincus.

Il faut reconnaître à Internet une qualité extraordinaire : il permet à chacun de devenir successivement spécialiste et patient.

Le problème commence lorsque l’on confond information et prescription.

Une vidéo peut expliquer ce qu’est le diabète. Elle peut présenter les propriétés étudiées d’une plante. Elle peut rappeler les précautions liées à un médicament. Elle peut même permettre à quelqu’un de mieux comprendre ce que son médecin lui a expliqué.

Mais elle ne connaît pas votre dossier médical.

Elle ne connaît pas forcément les autres médicaments que vous prenez. Elle ne connaît pas vos analyses, votre âge, vos antécédents, votre fonction rénale ou hépatique, ni les éventuelles interactions entre plusieurs traitements.

Et surtout, elle ne vous examine pas.

C’est là que les choses deviennent sérieuses.

Car derrière le rire se trouve une vraie question de santé publique. Un conseil anodin pour une personne peut être inadapté, voire dangereux, pour une autre. Et lorsqu’un internaute arrête seul un traitement parce qu’une vidéo lui a expliqué que « les médicaments chimiques sont mauvais », ce n’est plus une plaisanterie.

Le problème est encore plus grand avec les produits présentés comme « naturels ».

Naturel ne veut pas dire automatiquement sans danger.

Une plante peut avoir des effets pharmacologiques. Elle peut interagir avec un traitement. Elle peut être mal dosée. Elle peut être contaminée ou simplement ne pas avoir l’efficacité que lui attribue la vidéo.

Mais allez expliquer cela à quelqu’un qui vient de voir un monsieur particulièrement convaincant lui assurer qu’il a « guéri 500 personnes » avec une recette dont il garde mystérieusement la composition secrète !

Et puis il y a le témoignage.

« J’avais la même maladie que vous. J’ai pris ça et aujourd’hui je vais très bien. »

Voilà l’argument massue.

Sauf qu’une personne qui va mieux après avoir utilisé un produit ne prouve pas que le produit est responsable de son amélioration.

Mais sur Internet, le témoignage vaut parfois étude scientifique.

Une personne affirme avoir été guérie et des milliers d’autres se précipitent sur le produit.

Le lendemain, quelqu’un raconte qu’il en a fait une mauvaise expérience.

Et nous voilà revenus au point de départ.

On ne sait plus !

On ne sait plus ce qui est recommandé.

On ne sait plus ce qui est interdit.

On ne sait plus qui est médecin.

On ne sait même plus si celui qui nous parle est réellement médecin.

Il faudrait peut-être inventer un nouveau panneau pour Internet : « Attention, cette vidéo peut contenir des conseils auxquels vous êtes libre de croire, mais votre organisme n’a pas signé pour les appliquer. »

Le plus raisonnable reste donc finalement ce vieux réflexe que nous avons parfois tendance à considérer comme dépassé : lorsqu’un problème de santé se présente, on consulte un professionnel de santé qualifié.

Internet peut nous aider à comprendre.

Il peut nous renseigner.

Il peut même nous permettre de poser de meilleures questions à notre médecin.

Mais il ne faudrait pas qu’il devienne le médecin qui nous prescrit un traitement à 2 heures du matin entre deux vidéos de musique et une publicité pour des chaussures.

Parce qu’au rythme où vont les choses, demain, nous n’aurons peut-être même plus besoin de médecin.

Il suffira de taper nos symptômes.

Et Internet nous donnera trois diagnostics différents, quatre traitements contradictoires et cinq plantes miraculeuses.

Après quoi, pour être absolument certains de notre état de santé, nous regarderons encore une dernière vidéo.

Et si elle dit le contraire des cinq premières, nous recommencerons depuis le début.

Finalement, le plus sûr traitement pourrait bien être celui-ci : poser de temps en temps le téléphone, respirer un bon coup… et appeler son médecin.

Parce qu’entre « on m’a dit sur Internet » et « mon médecin m’a examiné », il y a parfois tout un monde.

Et ce monde-là, camarade, vaut mieux ne pas le franchir avec un simple clic !

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