Par Mamadou Sèye
Le quatrième vote-test organisé au Conseil de sécurité des Nations unies vient de tomber. Et il est cruel pour la diplomatie sénégalaise : Macky Sall reste scotché à cinq voix favorables. Pas une voix de plus. Pas le moindre frémissement susceptible de traduire un quelconque effet du soutien officiel et appuyé du Sénégal à sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies.
Plus révélateur encore, le candidat ougandais Olara Otunnu, entré plus tardivement dans la course, obtient lui aussi cinq voix favorables. Mais avec un meilleur bilan dans ce scrutin. La candidate costaricienne Rebeca Grynspan, elle, atteint dix voix favorables et confirme sa position dans le groupe de tête.
Certes, ce vote n’est pas l’élection du secrétaire général. Certes, les consultations vont se poursuivre et rien n’est définitivement joué. Mais il y a des chiffres que la diplomatie politique ne peut pas faire disparaître. Après plusieurs tours de scrutin, la candidature de Macky Sall n’a pas progressé.
C’est précisément là que se situe l’échec diplomatique de Diomaye.
Il ne s’agit nullement de dire que le Président Bassirou Diomaye Faye serait responsable du score obtenu par son prédécesseur. Ce serait absurde. Une candidature à la tête des Nations unies dépend d’une multitude de facteurs, des rapports de force entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, des équilibres régionaux, des alliances et des intérêts des Etats.
Mais Diomaye Faye a fait un choix politique et diplomatique parfaitement identifiable. Il a décidé de faire de la candidature de Macky Sall une candidature officiellement soutenue par le Sénégal. Le 20 juillet, après avoir reçu son prédécesseur au Palais de la République, il a instruit le gouvernement et le réseau diplomatique sénégalais de se mobiliser pour promouvoir cette candidature auprès des Etats membres de l’ONU.
Il faut donc juger le résultat de cette offensive à l’aune de l’objectif affiché.
Et, pour le moment, le résultat est sans appel : aucun impact mesurable sur les votes-tests.
La situation est d’autant plus singulière que la candidature de Macky Sall n’est pas née à Dakar. Elle a été officiellement présentée le 2 mars 2026 par le Burundi, qui avait choisi de porter l’ancien Président sénégalais dans cette bataille internationale.
Le Sénégal est donc venu plus tard dans la bataille. Et lorsque Diomaye a finalement décidé de soutenir son prédécesseur, il ne s’est pas contenté d’un discret geste diplomatique. Il a parlé de candidature du Sénégal, au service de l’Afrique et d’un multilatéralisme plus performant. Quelques semaines plus tard, à New York, il renouvelait encore publiquement son soutien et appelait les Etats membres à appuyer Macky Sall.
Entre-temps, il y eut cette scène new-yorkaise qui a profondément interpellé l’opinion sénégalaise : Diomaye Faye, Emmanuel Macron et Macky Sall réunis autour de la question de la succession d’António Guterres. La présidence sénégalaise a confirmé que Diomaye et Macron avaient évoqué l’élection du prochain secrétaire général de l’ONU. La présence de Macky Sall, candidat à cette fonction, donnait évidemment à cette séquence une portée particulière.
Pour quel résultat ?
C’est toute la question.
Car, pendant que Diomaye engageait le Sénégal derrière son prédécesseur, Macky Sall, lui, obtenait au moins quelque chose : une forme de réhabilitation politique et diplomatique. Celui qui, hier encore, était présenté dans le discours du nouveau pouvoir comme l’ancien Président dont le bilan devait être examiné se retrouvait reçu au Palais, soutenu officiellement par son successeur et associé à une séquence diplomatique de très haut niveau à New York.
Diomaye, en revanche, peut difficilement présenter aujourd’hui un dividende comparable.
Il a engagé son gouvernement. Il a mobilisé son réseau diplomatique. Il a porté personnellement le dossier. Il a sollicité des soutiens internationaux. Et, au terme du quatrième vote-test, Macky Sall reste à cinq voix favorables.
Voilà le constat.
Il ne faut donc pas chercher ailleurs ce que les chiffres disent déjà. Le soutien de Diomaye n’a pas produit l’effet diplomatique attendu. Et lorsqu’un chef d’Etat mobilise la diplomatie de son pays autour d’une candidature internationale, l’absence de résultat constitue bien un échec diplomatique.
Le mot n’est ni excessif ni injurieux. Il ne signifie pas que Diomaye est responsable de l’éventuel échec final de Macky Sall. Il signifie simplement que l’offensive diplomatique qu’il a personnellement décidée et assumée n’a, à ce stade, produit aucun résultat tangible.
Mais le plus intéressant est peut-être ailleurs.
Que gagnerait demain le Président Diomaye Faye à une éventuelle réapparition politique de Macky Sall sur la scène sénégalaise ?
Car un ancien Président de la République, qui a dirigé le Sénégal pendant douze ans, qui reste à la tête de son parti et qui ambitionne désormais de diriger les Nations unies, n’est pas naturellement destiné à revenir dans le paysage politique national pour jouer les seconds rôles.
Macky Sall a probablement mieux à faire que de devenir le numéro deux politique de Bassirou Diomaye Faye.
Et c’est là tout le paradoxe de cette opération diplomatique.
Diomaye a choisi de soutenir Macky Sall au nom des intérêts supérieurs du Sénégal. C’est son droit et c’est désormais son bilan diplomatique. Mais les chiffres du Conseil de sécurité montrent que ce soutien n’a pas fait bouger la candidature d’un millimètre.
Macky Sall, lui, aura au moins gagné une chose dans cette étrange séquence : il aura été réintroduit dans le jeu par celui-là même qui incarnait hier l’alternance à son pouvoir.
Quant à Diomaye, une question demeure, brutale mais légitime :
après avoir tant fait pour la candidature de Macky Sall, qu’a-t-il réellement obtenu en retour ?