Par Mamadou Sèye
Jeudi est passé. Et les délestages sont toujours là. Mais le plus préoccupant n’est peut-être pas qu’ils aient repris. C’est qu’ils avaient disparu. Pendant un temps, les Sénégalais avaient retrouvé une électricité relativement stable et avaient fini par croire que les longues journées de coupures appartenaient au passé.
Voilà pourquoi le retour en force des délestages prend aujourd’hui l’allure d’un échec cuisant.
Après les assurances données par la Senelec, l’échéance du jeudi devait précisément marquer le retour à une situation normale. Or jeudi est passé et, dans plusieurs quartiers, les coupures persistent, parfois avec une fréquence et une durée qui exaspèrent les populations.
Nous avions déjà appelé, dans notre précédent papier, à davantage de vérité. Il faut maintenant monter d’un cran. Car lorsqu’une situation que l’on croyait derrière nous ressurgit de cette manière, les explications générales ne suffisent plus.
Il faut dire aux Sénégalais ce qui se passe réellement.
Pourquoi les délestages, qui avaient disparu, sont-ils revenus ? Qu’est-ce qui a provoqué cette nouvelle dégradation ? Pourquoi l’échéance annoncée n’a-t-elle pas été tenue ? Et surtout, quelle perspective crédible peut-on désormais donner aux millions de Sénégalais qui subissent ces coupures ?
Ces questions sont d’autant plus légitimes que le Sénégal a changé de statut sur la carte énergétique mondiale. Nous sommes désormais un pays producteur de pétrole et de gaz. Et voir, dans le même temps, les ménages, les commerces et les entreprises renouer avec les délestages constitue un paradoxe difficile à accepter.
Il ne s’agit évidemment pas de prétendre que la production de pétrole et de gaz règle instantanément tous les problèmes du système électrique. Les infrastructures, la production, le transport, la distribution et la maintenance obéissent à des réalités techniques qui ne disparaissent pas par décret.
Mais enfin, le Sénégalais ordinaire est en droit de se demander comment un pays qui vient d’entrer dans l’ère du pétrole et du gaz peut encore avoir pour environnement quotidien les délestages.
Ce contraste est brutal. Et il l’est davantage encore pour une population qui a déjà beaucoup entendu parler de souveraineté énergétique, de nouvelles capacités de production et des perspectives ouvertes par les ressources pétrolières et gazières.
Il ne faut donc plus se contenter de rassurer. Il faut expliquer, chiffres à l’appui, ce qui se passe sur le réseau et ce qui est réellement entrepris pour rétablir durablement la situation.
La vérité, cette fois, ne peut plus être différée.
Car le problème dépasse désormais la simple coupure de courant. Il touche à la crédibilité des engagements pris, à la capacité du pays à sécuriser son approvisionnement énergétique et, plus largement, à la cohérence entre les ambitions affichées et la réalité vécue par les citoyens.
Jeudi est passé.
Les délestages sont revenus.
Et pour un Sénégal qui produit désormais du pétrole et du gaz, cette situation mérite mieux qu’une nouvelle promesse : elle exige des explications et des résultats.