Dimanche en haute intensité domestique

Par Mamadou Sèye

Camarade, ce dimanche-là, j’ai entamé ma journée avec un café sans sucre, cette potion amère qui te rappelle que la discipline n’est pas un slogan mais une bataille quotidienne. A la première gorgée, j’ai senti que le destin m’appelait dehors. J’ai chaussé mes baskets comme un général enfile ses bottes et je suis parti pour mes trente minutes de marche, la tête haute, la posture fière, le souffle déjà en train de négocier un statut particulier. Au bout de dix minutes, mes poumons ont tenté une motion de protestation, mais j’ai tenu bon. On ne lâche rien un dimanche, camarade.

Quand je suis rentré, j’ai trouvé mon stepper posé au milieu du salon, silencieux comme un adversaire qui te jauge avant le duel. Je me suis hissé dessus avec la grandeur d’un diplomate qui s’apprête à entrer dans une réunion tendue. Dès le premier mouvement, l’appareil a grinçé, comme pour me prévenir : “Camarade, nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde.” J’ai serré les dents, rythmé mes pas, imposé ma cadence. Quinze minutes d’efforts héroïques, suivies de squats qui ont mis mes quadriceps en situation de crise institutionnelle. A ce moment précis, j’avais l’impression que mes muscles préparaient une marche pacifique vers la salle de repos. Mais le pouvoir restait ferme.

La douche m’a offert une accalmie semblable à une trêve humanitaire, brève mais nécessaire. Puis vint l’heure stratégique : le petit déjeuner. Les patates douces bouillies étaient là, alignées comme un bataillon docile. L’œuf, lui, trônait avec une modestie qui cachait mal son importance. Et puis, surtout, l’huile d’olive. Ah, l’huile d’olive ! La diplomate chevronnée, celle qui fait baisser les tensions, qui harmonise, qui pacifie. Une seule goutte, et tout devient sérieux. Avec elle, le repas prend un air méditerranéen, presque aristocratique. La patate, qui me regardait jusqu’ici avec défi, s’est assagie sous son influence. La combinaison huile d’olive + patate douce + œuf est une coalition plus solide que certaines majorités parlementaires.

A ce stade, camarade, je savourais ma matinée comme un chef d’Etat contemple un mandat bien entamé. Mais c’est là que l’imaginaire a pris le dessus. J’ai vu l’huile d’olive organiser un sommet économique sur l’assiette, les patates douces tenter un coup d’Etat calorique, et le stepper annoncer une conférence de presse pour dénoncer mes méthodes. Le ministre des quadriceps menaçait même d’entrer en grève illimitée si je continuais les squats sans négociation préalable. Le tout pendant que l’œuf, stoïque, jouait le rôle du technocrate neutre, prêt à sauver le pays en cas de crise majeure.

Et moi, au milieu de cette agitation imaginaire, je me suis laissé tomber sur mon canapé comme un diplomate après un sommet de 48 heures. Camarade, je venais de survivre à un dimanche en haute intensité domestique.

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