Par Mamadou Sèye
ll y a au Sénégal, en ce moment précis, un phénomène politique fascinant : la capacité de certains acteurs à confondre leurs désirs avec la réalité, leur rancœur personnelle avec une analyse politique, leur ressentiment viscéral vis-à-vis d’Ousmane Sonko avec une posture d’opposition crédible. Depuis quelques jours, une partie de ceux qui se réclament de l’opposition — ou qui aimeraient bien qu’on les prenne pour telle — s’est emballée, croyant voir dans de simples divergences de lecture au sein de PASTEF l’annonce d’un schisme irréversible. Il leur suffisait que souffle une petite brise pour qu’ils imaginent une tempête, que surgisse une nuance interne pour qu’ils y projettent un cataclysme politique.
Et voilà que, pris de fièvre opportuniste, ils se sont jetés dans le débat comme des aventuriers des sables, incapables de comprendre que ces poussières qu’ils manipulent à tort sont précisément celles qui, chez Sonko, font trembler un pays entier.
Certains prétendus opposants, n’ayant jamais réussi à exister après Macky Sall et n’ayant pas davantage trouvé de voix sous Diomaye, se sont donc soudain réveillés. L’un propose, sans vergogne, d’utiliser l’article 52 de la Constitution pour révoquer Sonko — proposition tellement grotesque qu’elle aurait valu un éclat de rire même dans une première année de droit constitutionnel. D’autres ont tenté une interprétation hasardeuse de la participation du Président Diomaye à la randonnée pédestre des forces armées, comme si une simple marche matinale pouvait se transformer en acte symbolique de divorce politique. Il faut croire que certains, faute d’avoir une pensée, se consolent avec des hallucinations.
C’est le drame de cette opposition : au lieu de combattre le pouvoir, elle s’agenouille devant ses propres obsessions. Au lieu de s’adresser au peuple, elle parle à son miroir. Au lieu d’avoir une offre politique, elle fabrique des complots imaginaires.
Le plus pathétique est ailleurs : ces acteurs, éperdus d’enthousiasme à l’idée de voir une brouille au sommet, ont oublié un détail fondamental : Diomaye Faye est le Président de la République. Et eux, en théorie, sont censés lui faire face. Or voilà qu’ils le félicitent, l’encensent, le cajolent, parce qu’ils le croient en rupture avec celui qu’ils n’ont jamais osé affronter sur le terrain des idées : Ousmane Sonko.
Leur raisonnement est aussi simple qu’indigent : si Diomaye leur apparaît un instant comme « différent de Sonko », alors il devient fréquentable. Et si ce Président qu’ils encensent a été porté au pouvoir par Sonko, cela ne semble poser aucun problème à leur logique brinquebalante. Ils oublient — ou feignent d’oublier — que le premier mérite de Diomaye est d’avoir été choisi par Sonko, et que c’est précisément cette alliance qui a fait chuter l’ancien régime.
Ce qui est donc célébré par cette opposition immature n’est pas Diomaye en tant qu’homme d’Etat, mais Diomaye en tant que fantasme anti-Sonko. Une posture misérable, qui montre à quel point ils ne peuvent se départir de leur haine maladive.
Or, voici que la réalité vient de les gifler une nouvelle fois :
le Président de la République a reçu hier soir le groupe parlementaire de PASTEF. Les députés eux-mêmes l’ont confirmé : tout est rentré dans l’ordre. Les choses ont été clarifiées. L’unité est réaffirmée.
Et pour sceller cette démonstration, Ousmane Sonko — ce Premier ministre qu’on disait « fâché », « fatigué », « isolé », « sur le départ » — a écourté ses congés et a repris le travail hier, afin de siéger certainement aujourd’hui au Conseil des ministres.
Quelle raclée pour cette opposition qui, décidément, ne comprend rien à la dialectique interne d’un parti politique vivant.
Faut-il leur rappeler, Camarade, ce que nous avons appris des années durant, à l’école du maoïsme ?
Que la lutte de lignes n’est pas un signe de faiblesse, mais de vitalité.
Que la divergence n’est pas la rupture mais l’ajustement.
Que le mouvement interne est le signe d’une organisation saine, vivante, dynamique.
Que la confrontation intellectuelle, loin d’affaiblir, clarifie, enrichit et renforce.
Dans un parti véritablement politique, les idées s’affrontent pour ensuite mieux converger. Les sensibilités s’expriment pour mieux se compléter. Les nuances existent pour empêcher la sclérose. Ceux qui ne comprennent pas cela n’ont jamais milité, jamais lu un classique, jamais respiré la chair des luttes. Ils sont restés dans la politique spectacle, la politique potinière, la politique de couloir.
La scène à laquelle nous assistons est d’une limpidité éclatante :
PASTEF discute, se recadre, se parle — puis avance.
L’opposition, elle, observe, interprète, fantasme — puis s’effondre.
Comment pourraient-ils atteindre Sonko ?
Ces gamineries sont des cailloux lancés contre un mur de granit.
Leur analyse est si superficielle qu’elle ne parvient même pas à érafler la surface du réel. Ils ne comprennent pas la profondeur stratégique d’un homme dont la pensée, l’ancrage et l’expérience militante dépassent de mille coudées leurs petites manœuvres.
Ce qu’ils prennent pour une fragilité est en réalité une force.
Ce qu’ils croient être une fissure est en vérité une respiration normale d’un mouvement complexe.
Ce qu’ils imaginent comme un début de déclin n’est rien d’autre qu’une preuve supplémentaire que Sonko n’est pas un homme politique ordinaire : il est un symbole, un repère, un phénomène.
Et même lorsqu’il se tait, ils parlent de lui.
Et même lorsqu’il s’absente, ils inventent des intrigues.
Et même lorsqu’il prend des congés, ils voient des ruptures.
C’est dire si, même la poussière de Sonko vaut plus que leurs proclamations réunies.
Car Sonko n’est pas seulement un acteur politique : il est devenu une référence, un refuge, un prisme à travers lequel toute la politique sénégalaise se lit, s’explique ou s’excite. On peut l’aimer ou le détester, mais on ne peut pas l’ignorer.
Et lorsque l’opposition croit que quelques micro-tensions internes suffisent à le déstabiliser, elle révèle seulement son incapacité à comprendre le rapport profond que Sonko entretient avec son peuple, avec son parti, avec son Président.
Elle se trompe de lecture, se trompe d’adversaire, se trompe d’époque.
Car pendant qu’elle gémit, interprète, délire et s’invente des victoires imaginaires, PASTEF gouverne, se parle, s’ajuste, se renforce.
Et Sonko continue de peser — même dans son silence. Même dans son retrait temporaire. Même dans ses congés.
Voilà la seule vérité politique du moment :
c’est l’opposition qui se fracture, pas PASTEF.
C’est l’opposition qui panique, pas Sonko.
C’est l’opposition qui vit de rumeurs, alors que PASTEF vit de convictions.
Et dans cette équation, camarade, une chose demeure invariable :
tant que cette opposition restera prisonnière de ses obsessions, même la poussière de Sonko continuera de valoir plus qu’elle toute entière.