Par Mamadou Sèye
Il y a des sorties politiques qui produisent exactement l’effet inverse de celui recherché. Celle d’Aminata Touré pourrait bien appartenir à cette catégorie.
En voulant répondre à Ousmane Sonko, Mimi Touré a en effet remis au centre du débat une question que les Sénégalais ont tout intérêt à regarder en face : que sont réellement les fonds politiques, qui les utilise, dans quelles conditions et avec quelle traçabilité ?
Et voilà que, selon ses propres affirmations, Bassirou Diomaye Faye aurait, à plusieurs reprises, utilisé de tels fonds au bénéfice d’Ousmane Sonko.
Si cette affirmation est exacte, elle appelle évidemment des explications et, surtout, des documents. Si elle ne l’est pas, elle appelle tout autant une clarification.
Mais dans les deux cas, le débat est lancé.
Et c’est là que la chose devient franchement cocasse.
Car si l’évocation de ces fonds a effectivement contribué aux tensions qui ont fini par provoquer la sortie de Sonko de la Primature, alors on est en droit de se poser quelques questions. Non pas pour affirmer ce que personne ne peut démontrer, mais précisément parce que l’absence de règles suffisamment claires permet à toutes les hypothèses de prospérer.
Imaginons donc, simplement pour pousser le raisonnement jusqu’au bout — et surtout sans transformer une hypothèse en vérité — que Sonko ait effectivement bénéficié de fonds politiques sans que cela ait été clairement documenté.
Eh bien… Mimi Touré aurait involontairement rendu un immense service à la démocratie sénégalaise !
Elle aurait démontré, sans même le vouloir, pourquoi il faut encadrer les fonds politiques.
Parce qu’un système dans lequel chacun peut dire : « Il a reçu », pendant que l’autre répond : « Je n’ai rien reçu », et où personne ne peut produire immédiatement une comptabilité permettant de trancher, n’est pas exactement le modèle de transparence dont rêve une République moderne.
Et c’est ici que le boomerang devient délicieux.
On voulait parler de Sonko.
On finit par parler de Diomaye.
On voulait accuser.
On finit par réclamer des justificatifs.
On voulait régler des comptes politiques.
On finit par poser une question institutionnelle majeure.
Qui utilise les fonds politiques ? Pour quoi faire ? Selon quelles règles ? Et où sont les pièces ?
Voilà peut-être la seule bonne nouvelle de cette querelle.
Si les protagonistes pouvaient, à leur insu, nous conduire enfin vers un véritable encadrement légal des fonds politiques, leurs échanges aigres-doux auraient au moins produit quelque chose d’utile.
Comme quoi, en politique sénégalaise, il arrive qu’une polémique fasse mieux qu’un rapport parlementaire : elle révèle le trou dans lequel tout le monde risque de tomber.
Rires.
Et maintenant, camarade, que les pièces parlent !