Par Mamadou Sèye
Le bruit est revenu. Une rumeur grossie par des relais pressés de fabriquer du tumulte institutionnel : il existerait une tension entre le Premier ministre et le corps de la magistrature. Vraiment ? Si tel est le plan, il faut le démonter — pièce par pièce.
Depuis ce matin, une partie de la presse bruisse d’une fable cousue de fil blanc : le Premier ministre aurait tenté de rencontrer l’Union des magistrats du Sénégal (UMS), mais se serait heurté à un refus sec. C’est non seulement faux, mais grotesque. A aucun moment, le Premier ministre n’a instruit qui que ce soit pour engager une telle démarche. Mieux, il n’a pas le moindre contentieux avec la magistrature. Seulement voilà, à force de vouloir allumer des incendies dans un champ sans herbe sèche, on finit par s’étrangler dans la fumée de son propre mensonge.
Il faut qu’on se parle franchement. Si l’on croit que la magistrature est le seul corps de ce pays au-dessus de toute critique, on s’est trompé de République. Et si, comme on le dit dans les couloirs, certains magistrats ont été heurtés par les propos du Premier ministre, qu’on se souvienne aussi qu’une multitude parmi eux avait été profondément indignée par le traitement infligé à Ousmane Sonko. L’indignation ne peut pas être sélective. La vérité ne doit pas devenir un privilège corporatiste.
A ceux qui croient pouvoir murmurer déjà à l’oreille du chef de l’Etat pour tenter de lui faire jouer un rôle de modérateur mal avisé, qu’ils sachent que c’est peine perdue. Le Président ne fera rien qui puisse apparaître comme un retour à la logique d’instrumentalisation de la justice. Il l’a lui-même dit : au vu de la situation, le moment n’est pas encore venu pour lui de quitter le Conseil supérieur de la magistrature. Ce n’est pas une esquive. C’est un choix stratégique. Le chef de l’Etat, faut-il le rappeler, n’est pas l’adversaire des magistrats, mais le garant d’une réforme qui, cette fois, ira jusqu’au bout.
Il est bon de le rappeler : le Premier ministre n’a jamais nié l’existence de magistrats irréprochables. Il l’a dit et répété. Il a d’ailleurs consulté l’actuel ministre de la Justice – figure reconnue pour son indépendance – avant de le nommer. Ceux qui veulent faire passer Sonko et Diomaye pour des pyromanes institutionnels n’ont décidément rien compris. Le Premier ministre agit dans la cohérence du projet républicain qu’il incarne. Et les bouleversements à venir ne sont pas une menace : ce sont des promesses assumées.Des changements seront opérés partout, y compris au sein de la magistrature.
Soyons clairs : aucun lobby, aucune caste, aucune officine n’empêchera le processus en cours. Il y a seulement quelques mois, la simple idée d’un désaccord ouvert entre pouvoir exécutif et magistrature n’aurait même pas été tolérée. C’est donc que quelque chose a changé. Ce n’est pas une crise. C’est l’émergence d’un nouveau rapport de vérité dans l’espace public. Et ceux qui visent aujourd’hui Sonko à travers ces manœuvres feutrées se heurteront à Diomaye lui-même, qui ne laissera rien entacher la cohérence de la gouvernance qu’il dirige.
Ce pays ne sera pas tenu par les peurs d’un ancien régime. Il ne reculera pas devant l’obligation de réformer. Ceux qui confondent respect et silence n’ont pas compris la nature de cette nouvelle République. Il ne s’agit pas d’humilier, mais de rendre des comptes. Il ne s’agit pas de menacer, mais de remettre les choses à leur juste place. Et s’il faut briser quelques tabous pour que la vérité avance, alors la dialectique fera le travail.