Société civile : halte à l’imposture et à la prétention politique masquée

Par Mamadou Sèye

Depuis quelque temps, une certaine société civile a pris des allures de contre-pouvoir dévoyé. Elle ne veut plus accompagner, elle veut imposer. Elle ne veut plus suggérer, elle veut commander. Elle s’invente une légitimité qu’elle n’a jamais reçue des urnes. Une partie d’elle se prend pour une autorité morale supérieure, à qui il faudrait soumettre décisions politiques, orientations gouvernementales et feuilles de route étatiques. Ce n’est plus de la veille citoyenne : c’est de la prétention politique en habits civils.

Le discours lucide et frontal du Premier ministre Ousmane Sonko a mis fin au bal masqué. Il a rappelé, calmement mais fermement, que la souveraineté appartient au peuple et que seul le suffrage universel fonde la légitimité à gouverner. Il n’a ni attaqué la société civile dans son ensemble, ni dénié son rôle historique de sentinelle démocratique. Mais il a osé dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : le pouvoir n’est pas négociable avec des structures non élues.

Cette clarification a déclenché une tempête… chez ceux qui s’étaient habitués à murmurer à l’oreille des gouvernants. Une catégorie d’activistes institutionnalisés, souvent financés par des circuits opaques, s’est sentie visée. Ils s’agitent. Ils crient à la mise en cause de la démocratie. Mais de quelle démocratie parlent-ils ? Celle qui consiste à faire pression sur les dirigeants sans jamais répondre devant les électeurs ?

A ce stade, deux questions s’imposent avec gravité :

Quelle activité au sein de cette “civile” permet, sans entreprise connue, sans production identifiable, l’érection d’immeubles, l’acquisition de grosses cylindrées et un train de vie supérieur à celui des ministres ?
Il faut bien que les Sénégalais sachent. La transparence commence par là : d’où viennent les ressources ? Quels sont les salaires ? Quelles missions justifient ces rentrées d’argent ? Et surtout, qui paie ?

Et quels états de service intellectuels ou profils académiques permettent à certains de se croire experts en tout, de parler avec aplomb de tout, d’interpeller, d’instruire et même d’enjoindre, du haut de tribunes sans légitimité élective ni compétence avérée ?
L’indignation permanente, si elle est un carburant pour les caméras, ne remplace ni l’expertise, ni l’expérience de la gouvernance, ni le poids de la légitimité populaire.

L’Etat, celui d’aujourd’hui, ne cède ni à l’intimidation, ni aux injonctions extérieures. Il ne distribue pas de mallettes dans les sous-sols. Il ne gouverne pas à coups de deals discrets. Et surtout, il n’a pas été porté au pouvoir pour faire plaisir à une élite civile hors sol. Il a été porté par un peuple debout, vigilant, exigeant, mais parfaitement conscient de ce qu’il veut : une rupture avec les compromissions, les arrangements, et les diktats silencieux.

Il faut être clair : le Sénégal n’est pas à vendre, pas même sous forme d’influence pseudo-citoyenne. On ne gouverne pas par chantage moral. On ne manipule pas un peuple adulte en agitant des ONG comme des épouvantails ou des totems. On ne fait pas croire qu’on représente les masses quand on n’est l’émanation que de cénacles intellectuels déconnectés du terrain.

La société civile a un rôle fondamental. Personne ne le nie. Le Sénégal lui doit des combats décisifs. Mais ce rôle ne saurait devenir une couverture pour ambition frustrée ou pouvoir par procuration. L’heure est au sérieux, à la cohérence et à la clarté. Chaque acteur doit rester dans son couloir. Le gouvernement gouverne. Le peuple surveille. Et la société civile, quand elle est sincère, contribue sans chercher à dominer.

Nous ne laisserons pas les manipulateurs d’opinion recycler leur activisme en régence politique.

Le pouvoir a changé. Le logiciel aussi.


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