Détente-Ce dimanche à la Présidence : footing, thé chaud et silence assourdissant

Par Mamadou Sèye

Ce matin, la brume s’attarde encore sur les pelouses bien taillées du palais présidentiel. Le soleil, paresseux, tarde à s’imposer. Il est 6h45. Dakar sommeille. Mais dans la cour intérieure, deux silhouettes en survêtement tracent leur rythme sur le bitume encore frais.

L’un court avec une allure souple, mesurée, habituée au silence du pouvoir. L’autre, légèrement plus nerveux, ponctue sa foulée de gestes amples, comme s’il traçait encore les lignes d’un programme dans l’air du matin. Le Président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko partagent un footing. Pas une caméra. Pas un journaliste. Pas un mot de trop. Juste le souffle de l’exercice et une complicité tranquille.

Autour d’eux, quelques gardes en civil suivent de loin. Pas trop près pour ne pas briser ce moment. Pas trop loin pour ne pas dérouter le protocole. Mais ils savent : ce footing-là n’est pas qu’un footing. C’est une démonstration muette. Une image plus puissante qu’une conférence de presse. Deux têtes de l’exécutif en jogging, respirant à l’unisson, pendant que le pays débat de tensions imaginaires, de brouilles fantasmées ou de rivalités télécommandées.

Une demi-heure plus tard, ils s’installent dans le petit salon, sur la terrasse, face au jardin. Thé chaud pour l’un, infusion au bissap pour l’autre. Quelques tartines. Des dattes. Une corbeille de fruits. Une conversation feutrée, sans notes ni micros. Ils évoquent les dossiers de la semaine. L’éducation. La réforme foncière. La prochaine tournée en Casamance. Ils rient parfois. Mais surtout, ils s’écoutent.

A l’autre bout de la ville, dans des studios en quête de sensation, les adversaires s’agitent. Ils dissèquent des silences, interprètent des regards, recoupent des rumeurs. Ils publient, tweetent, s’indignent, s’excitent. Pendant ce temps-là, au Palais, le calme règne. Deux hommes travaillent. Ensemble. Sans tambour, sans clash, sans tweet rageur. Une alliance qui déroute plus qu’elle ne rassure. Une entente qui résiste à la surinterprétation.

Un aide de camp s’approche discrètement. Le Président hoche la tête. Le Premier ministre se lève. L’un va vers ses bureaux. L’autre vers son domicile. La journée peut commencer. Le Sénégal est entre de bonnes mains. Et ce matin, ce n’est pas un discours qui a parlé, mais un footing.

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